11/05/2026
Le circuit de Kersuguet, c’est l’un de ces chemins qui racontent mieux qu’un discours toute la singularité de Saint-Barthélemy. Situé dans le Morbihan, ce sentier de randonnée, balisé PR jaune, serpente sur environ 11 kilomètres, à l’écart des flux touristiques majeurs de la région. Ici, la Bretagne rurale s’offre sans fard, entre sous-bois, étendues bocagères, et patrimoine discret. Le circuit relie le village éponyme de Kersuguet, quelques hameaux pleins de charme, la rivière du Loc’h, et quelques trésors disséminés sur le territoire communal (source : Conseil Départemental du Morbihan).
L’un des premiers atouts du circuit de Kersuguet, c’est sa polyvalence. Il offre différentes possibilités de boucles, grâce à des variantes balisées qui permettent d’adapter l’itinéraire à son temps ou à son envie. Au printemps, nombreux locaux préfèrent prolonger la balade par le détour de la chapelle Saint-Barthélémy, tandis qu’en été, certains privilégient la fraicheur offerte par le vallon boisé du Loc’h.
Ce circuit peut donc s’adresser tant aux amateurs de grandes marches qu’aux flâneurs du dimanche. Il constitue également l’un des rares chemins du secteur à rester praticable une grande partie de l’hiver, grâce à la bonne qualité de ses sentiers empierrés ou herbeux pour la majeure partie de l’itinéraire.
Ce qui frappe d’abord, ce sont les ambiances très changeantes tout au long du chemin. En partant du bourg, on quitte rapidement les maisons pour traverser prairies et haies bocagères, passage obligé du pays vannetais. Plus loin, le sentier s’enfile sous un tunnel végétal de châtaigniers puis surplombe la vallée verdoyante du Loc’h. Au niveau du hameau de Kersuguet, le sentier franchit de vieux murets de schiste et passe devant des longères typiques du XIXe siècle, encore habitées et restaurées.
Kersuguet, c’est un témoin remarquable du bocage traditionnel breton : présence de talus, mares, prairies humides, et arbres isolés. Une portion du sentier longe la rivière du Loc’h, où on peut régulièrement croiser hérons, aigrettes ou martin-pêcheur. Le matin, la brume s’accroche encore souvent aux creux du vallon, offrant une lumière douce aux promeneurs. Plusieurs espèces protégées fréquentent également les lieux, comme le triton palmé ou le lézard vivipare (atlas de la biodiversité communale, Morbihan, 2020).
Le circuit traverse aussi des boisements mixtes, dans lesquels poussent chênes, hêtres et houx. Au printemps, c’est le royaume des primevères et des jacinthes sauvages. Une odeur de terre et d’humus s’échappe alors du chemin, accompagnée du chant des fauvettes.
La variété paysagère est l’une des grandes forces de ce circuit, entre espaces ouverts et parties plus “cathédrales” sous les arbres.
À mi-parcours, la chapelle Saint-Barthélemy (XVe siècle, remaniée au XVIIIe) s’impose comme étape majeure. Posée dans un écrin de verdure, elle possède une architecture simple mais authentique, typique des chapelles rurales du Vannetais. Chaque année en août, le pardon rassemble habitants et visiteurs pour une messe suivie d’un pique-nique champêtre — moment fort de la vie du village depuis près d’un siècle (Le Télégramme, édition Morbihan, 2022).
Le sentier croise aussi plusieurs fontaines, dont celle de Saint-Barthélemy, réputée pour ses eaux “miraculeuses” pendant longtemps dans la région. Non loin, des lavoirs en granit, à demi enterrés sous la mousse, content en silence la vie quotidienne d’autrefois. C’est l’un des rares circuits du secteur à enjamber autant de vestiges hydrauliques, témoignages du passé paysan.
L’une des particularités du tracé, ce sont ses passages sur d’anciens petits ponts de pierre, bâtis pour franchir affluents et ruisseaux. Entre Kersuguet et Penher, le randonneur emprunte de superbes sentiers creux, taillés dans la roche ou bordés de vieux chênes. À certains endroits, on aurait presque l’impression de remonter le temps.
Ce circuit offre une immersion réelle dans la vie locale. Loin de la foule, il n’est pas rare de croiser un agriculteur en tracteur ou un habitant attendant le facteur à la croisée des chemins. Certains soirs d’été, on peut entendre la fanfare locale répéter dans l’une des salles du bourg ou sentir l’odeur du pain frais à la boulangerie du village sur le retour.
Les habitants sont souvent prompts à saluer ou à donner des conseils sur la balade, perpétuant l’esprit rural d’accueil typique de la commune.
Le circuit de Kersuguet tient une place importante dans la politique de valorisation douce du territoire. Depuis 2018, la commune veille à l’entretien du balisage et des murets par des journées citoyennes (“journées des sentiers”), mobilisant chaque année une quinzaine de bénévoles. Cela permet de préserver la praticabilité et la beauté du sentier tout en favorisant le lien social autour de ce patrimoine rural (communiqué Mairie de Saint-Barthélemy, 2023).
Valorisé mais protégé, le circuit a vu sa fréquentation augmenter doucement : environ 1 400 marcheurs ont été comptabilisés pendant la saison 2022, d’après le comptage électronique discrètement installé à l’entrée du parcours. Un chiffre modeste comparé à d’autres sites du Morbihan, mais qui traduit le succès discret de Kersuguet chez les initiés.
Depuis 2021, plusieurs classes des écoles du secteur empruntent le circuit dans le cadre de sorties pédagogiques orientées biodiversité ou découverte du bocage. De nombreux naturalistes locaux soulignent la richesse des espèces végétales du circuit : pas moins de 124 espèces recensées en 2022 par l’association Bretagne Vivante sur le parcours, dont l’orchis tacheté et la digitale pourpre (rapport “Flore de Kersuguet”, 2022).
Le circuit de Kersuguet n’est pas le plus spectaculaire du Morbihan mais il restitue, sur une poignée de kilomètres, tout ce qui forge l’âme de Saint-Barthélemy : discrétion, authenticité, petits trésors invisibles aux pressés, et plaisir de la promenade au rythme du pas. Un sentier à savourer lentement pour prendre le pouls du territoire.