18/12/2025

Découvrir la vie rare : espèces remarquables des espaces protégés bretons

Pourquoi les espaces protégés abritent-ils autant d’espèces singulières ?

À première vue, une lande ou une zone humide peuvent sembler banales. Mais ce sont des milieux complexes, offrant refuges et nourritures à des espèces très spécialisées. On comprend vite pourquoi de nombreuses espèces menacées ne survivent que dans ces endroits : elles y trouvent ce qui leur manque ailleurs. En Bretagne, plus de 10 % de la faune et de la flore nationale menacée a une population dans un espace protégé (source : Bretagne.bzh). Ces zones jouent donc un rôle de sauvegarde clé.

Des oiseaux rares : ballets dans le ciel des réserves

Dans le Morbihan comme dans le reste de la Bretagne, certains espaces protégés sont nés pour accueillir des oiseaux devenus rares ailleurs. Voici quelques espèces dont la présence est un signe de biodiversité bien portante.

  • La Spatule blanche Visible entre avril et septembre dans la Réserve Naturelle des Marais de Séné, ce grand échassier au bec spatulé compte seulement quelques centaines de couples nicheurs en France. Plus de 300 spatules y séjournent pendant les migrations, un record pour la région (source : LPO Bretagne).
  • L’Avocette élégante Avec son plumage noir et blanc et son étonnant bec remonté, elle niche dans les marais salants de la côte sud bretonne. Quand on a la chance d’observer ses parades, la scène prend des airs de spectacle.
  • Le Busard cendré Moins connu, il chasse au ras des landes protégées comme celles du Golfe du Morbihan. Il ne resterait que 1500 couples en France et sa survie dépend fortement du maintien de ces territoires.
  • Le Grèbe à cou noir Cet oiseau discret affectionne les mares peu profondes. Il se reproduit dans la Réserve Naturelle Régionale des Étangs du Loc’h, près de Guidel.

Ces oiseaux sont des indicateurs. Leur présence signifie que l’écosystème fonctionne encore bien, contrairement à beaucoup de régions agricoles intensives où ils ont disparu.

Des fleurs qu’on ne trouve nulle part ailleurs

On pense rarement à la flore, pourtant la Bretagne compte plusieurs fleurs uniques. Certaines n’existent que dans des secteurs minuscules, parfois sur quelques centaines de mètres carrés. Quelques exemples :

  • La Drosera à feuilles rondes Cette "plante carnivore" pousse en zones humides acides comme la tourbière de Sérent, non loin de Saint-Barthélemy. Elle capture de petits insectes sur ses feuilles gluantes, une adaptation à des sols pauvres en nutriments. Les Drosera sont typiques des espaces protégés, car ailleurs les tourbières ont disparu.
  • L’Armérie de la presqu’île de Rhuys Ce petit coussin rose ne pousse naturellement que sur la côte atlantique bretonne et vendéenne, et particulièrement sur les falaises de la presqu’île de Rhuys.
  • L’Ophioglosse des Açores Une fougère rarissime en France, recensée sur moins de dix sites, dont la réserve de Pen Mané à Locmiquélic.
  • Le Narcisse des Glénan Endémique (unique au monde !) sur l’archipel des Glénan, dans le Finistère sud. Pas de concurrence ailleurs, il est hyper-localisé.

Ce type de flore raconte la longue histoire naturelle de la région, ses évolutions, ses particularités, et la nécessité de ne pas perturber ces micro-habitats.

Amphibiens et reptiles : des espèces discrètes, parfois menacées

Dans les espaces protégés du Morbihan, on rencontre des espèces fragiles qui subissent la fragmentation des milieux, notamment :

  • Le Triton crêté Atteignant jusqu’à 17 cm de long, ce triton à crête spectaculaire ne peut plus se reproduire que dans les mares protégées de la Réserve Naturelle du Marais de Pen en Toul (Larmor-Baden).
  • La Vipère péliade Plus nordique que sa cousine aspic, on la trouve dans les landes humides de Belle-Île ou des Landes de Lanvaux. Elle est classée "vulnérable" en Bretagne.
  • Le Sonneur à ventre jaune Facile à reconnaître avec son ventre jaune vif, il se cache dans certaines mares forestières et prairies inondables du département. On estime sa population française à moins de 10 000 individus.

Ces animaux sont de véritables sentinelles des milieux aquatiques et humides. Leurs écailles, leurs chants rares, sont autant de signes d’un écosystème équilibré.

L’univers caché des insectes et papillons

La Bretagne abrite plus de 430 espèces de papillons diurnes et nocturnes (source : Observatoire de la Biodiversité de Bretagne). Certes, toutes ne sont pas menacées, mais certaines sont devenues rarissimes, comme :

  • Le Cuivré des marais : un petit papillon orange cuivré, inféodé aux prairies humides riches en Rumex. Observé dans les Réserves de Séné et du Marais de Pen en Toul.
  • L’Azuré des mouillères : ce papillon bleu a besoin de prairies humides riches en Sanguisorbe, une plante menacée par le drainage des terres.
  • La Rosalie des Alpes : un coléoptère superbe, bleu avec des taches noires, rare en Bretagne mais présent en forêt de Koad Du (Côtes-d’Armor).

Les insectes sont essentiels à l’équilibre de ces milieux : pollinisateurs, décomposeurs, mais aussi source de nourriture pour les oiseaux et les chauves-souris.

Mammifères rares en Morbihan et en Bretagne protégée

  • La Loutre d’Europe Longtemps piégée et chassée, elle recolonise depuis peu les rivières bretonnes. En Morbihan, les observations se multiplient sur le Blavet et le Scorff, notamment dans la vallée du Blavet où elle bénéficie de corridors naturels et de zones peu perturbées (source : Bretagne Vivante).
  • Le Grand Rhinolophe Cette chauve-souris à museau en fer à cheval trouve refuge dans certains clochers et caves de communes proches des espaces forestiers. La Bretagne abrite la plus grosse colonie connue de France, à Kernascleden.
  • Le Putois d’Europe Moins connu mais précieux, il vit dans les zones bocagères et prairies humides, souvent là où l’homme se fait discret.

Gardez l’œil ouvert lors des balades tôt le matin ou au crépuscule : les mammifères sont souvent signalés par leurs empreintes ou leurs traces discrètes plutôt que vus directement.

Des poissons et crustacés préservés dans les rivières et marais

Si on sait la mer abondante de vie, on oublie parfois que certains poissons d’eau douce sont eux aussi très rares dans nos régions. L’Anguille européenne, autrefois abondante, n’a plus que 10 % de sa population historique à cause des barrages et de la pêche (source : Parc Naturel Régional de Brière). Les marais de Séné et de Vilaine restent des sanctuaires pour elle.

D’autres espèces emblématiques sont :

  • La Lamproie marine : poisson préhistorique, elle migre dans le Scorff et le Blavet. On la préserve grâce à la qualité des eaux et la protection des frayères.
  • L’Écrevisse à pattes blanches : disparue de la plupart des rivières, elle subsiste dans certaines petites rivières protégées du centre Bretagne.

Petites anecdotes sur la conservation locale

  • À la Réserve de Séné, une plante, la Salicorne d’été, est signalée par des promeneurs chaque année : elle donne sa teinte rougeoyante aux marais à l’automne.
  • Dans la tourbière de Sérent, les guides attendent souvent l’arrivée du Flambé, grand papillon à queue en forme de virgule, qu’on pensait disparu avant d’en revoir dans les zones restaurées.
  • Sur l’île aux Moutons, au large de la ria d’Étel, des colonies de Sterne caugek et de Petit Pingouin se rassemblent chaque printemps. L’équipe de Bretagne Vivante y mène des suivis minutieux pour éviter le dérangement.

Où observer ces espèces et comment contribuer à leur préservation ?

Voici quelques espaces notoires dans le Morbihan et alentours où partir à la découverte, à certaines périodes et en respectant la tranquillité du lieu :

  • Réserve Naturelle des Marais de Séné (près de Vannes) : oiseaux migrateurs, plantes de marais, amphibiens.
  • Réserve Régionale des Étangs du Loc’h (Guidel) : grèbes, insectes rares, flore humide.
  • Tourbière de Sérent : drosera, papillons et amphibiens.
  • Landes de Lanvaux : reptiles et oiseaux de lande (busard cendré).
  • Marais de Pen en Toul : tritons, oiseaux nicheurs, papillons.

Pour aider à la préservation de ces espèces, chacun peut :

  • Suivre les consignes sur les sites : rester sur les sentiers, éviter de déranger la faune lors des périodes sensibles (nidification, naissance…)
  • Participer à des sorties nature encadrées par des associations comme Bretagne Vivante ou la LPO
  • Transmettre ses observations sur les plateformes d’observation citoyenne (Faune-Bretagne, INPN).

Biodiversité préservée, patrimoine vivant

Lieux de cachette, d’élans migratoires ou de floraisons spectaculaires, les espaces protégés de Bretagne sont autant de réserves de vie. Admirer une spatule blanche ou croiser la trace d’une loutre, ce n’est pas donné à tous les promeneurs. Mais savoir que ces espèces trouvent refuge ici, c’est aussi une part de l’identité locale. Préserver ces écosystèmes, c’est continuer à écrire une histoire naturelle singulière, pas seulement pour les scientifiques, mais pour chaque habitant curieux et amoureux de son territoire.

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