24/08/2025
Arpenter les alentours de Saint-Barthélemy, c’est tomber, au détour d’une haie, sur un hameau immobile, ou sur la silhouette rassurante d’une ancienne ferme bretonne. Le pays de Pontivy, où se niche Saint-Barthélemy, compte parmi les coins du Morbihan où la campagne s’est le mieux préservée. Ici, pas de grands remembrements : le bocage, ces parcelles ceinturées de talus, invite encore à la découverte, et les fermes, souvent centenaires, s’y blottissent sans s’imposer. Le cadastre napoléonien et les cartes anciennes montrent à quel point la disposition des hameaux est restée proche de celle du XIXe siècle (source : Archives départementales du Morbihan).
Le territoire du Morbihan dénombre plus de 10 000 bâtiments agricoles recensés avant 1940 (source : Inventaire du patrimoine Bretagne), mais il en subsiste environ 3 700 en état correct, dont une majorité autour de Pontivy et Locminé. Dans cette partie, les fermes sont rarement isolées : elles s’organisent autour du cœur du village, ou forment de petits écarts, avec trois ou quatre longères rassemblées autour d’une cour.
Chaque ferme du secteur possède sa personnalité. Pourtant, des points communs sautent aux yeux, et l’œil s’amuse à repérer chaque détail. Les longères – ces bâtiments étroits et allongés – dominent l’architecture rurale. Elles sont orientées à l’est ou au sud, pour profiter du soleil et se protéger des vents d’ouest, responsables des fameuses “pluies horizontales”.
Le plan d’ensemble épouse souvent la forme du “U” ou du “L”, pour abriter du vent et organiser la cour (source : Inventaire du patrimoine Bretagne).
À seulement deux kilomètres au nord de Saint-Barthélemy, le hameau de Kerbellec est reconnu pour la densité de ses fermes anciennes. Certaines remontent au XVIIIe siècle, le linteau de la porte ou une pierre de faîtage portant parfois la date d’achèvement. La ferme dite “de la Croix” frappe par l’authenticité de son corps de logis : murs épais, cheminée monumentale, soue à cochon attenante. Sur la route menant à Pluméliau, on croise aussi les anciennes exploitations de Keranguélo, agrémentées de fours à pain datant de la Révolution.
Au sud-ouest du bourg, Saint-Martin concentre de superbes ensembles ruraux. On y observe la logique du “village-rue” typique du Morbihan central : maisons alignées et grange à moissonneuse encadrant la place. Les fermes, encore exploitées pour la plupart, s’illustrent par leur conservation : fenêtres à linteau droit, étable et écurie en enfilade, portes de grange surmontées de lucarnes de guet. Plusieurs fontaines à l’écart, alimentées par des sources locales, rappellent l’importance de l’eau dans la vie agricole.
Sur le chemin de Locmeltro – un nom qui désigne littéralement un “lieu entouré de haies” – s’égrènent de petites fermes aux toitures basses. Le four à pain communal, restauré en 2017 par l’association locale, sert encore lors de la fête du pain chaque été. Le sentier pédestre balisé (voir Office de tourisme de Baud Communauté) longe plusieurs exploitations à cour ronde, particularité propre à ce secteur entre la vallée du Blavet et les Landes de Lanvaux.
Longtemps, la ferme n’a pas seulement été un lieu d’habitation : c’était tout un univers autosuffisant. On vivait au rythme des saisons, du “trinzh” (la fête de la moisson) à la Toussaint. Les pierres portent encore la trace de ce quotidien, du potager en carré à la pompe à eau manuelle ; les poules picorent autour du puits, tandis qu’un vieux hangar à charrettes ose quelques poutres vermoulues mais résistantes.
Aujourd’hui, chaque ferme a son histoire. Plusieurs ont réinventé leur rôle : gîtes, exploitations bio, maisons d’artisans. Le GAEC de la Vallée à Saint-Barthélemy, par exemple, perpétue la polyculture-élevage dans une ferme centenaire rénovée, tout en ouvrant ses portes lors d’événements locaux comme “Bienvenue à la Ferme”. Selon la Chambre d’Agriculture du Morbihan, 185 exploitations affichent le label “accueil à la ferme” sur le département, et une trentaine sont ouvertes au public entre Baud, Melrand, Pluméliau et Saint-Barthélemy (source : Chambre d’Agriculture 2023).
Si admirer ces fermes émerveille, leur sauvegarde est un défi. Le patrimoine rural subit l'usure du temps : l’effondrement de certaines toitures ou le remplacement par du béton menacent son authenticité. Plusieurs initiatives naissent localement : restauration collective de fours à pain, inventaires participatifs portés par les habitants, classements ponctuels au titre des Monuments Historiques (une vingtaine pour le Morbihan rural à ce jour, voir Base Mérimée).
Prendre le temps d’une balades, c’est déjà contribuer. Signaler un bâtiment menacé, respecter jardins et haies, encourager les circuits courts, sont autant de gestes qui permettent à ces fermes de rester vivantes. Elles sont la mémoire du lieu, et le témoignage d’une Bretagne fière d’être aussi belle hors des sentiers battus.
Observer les fermes autour de Saint-Barthélemy, c’est découvrir bien plus que de beaux murs. Derrière chaque battée, il y a une histoire, un savoir-faire, des traditions encore bien ancrées et, souvent, de beaux moments à partager.