27/12/2025
À première vue, une haie qui longe un champ ou un talus moussu, habité par quelques herbes folles, n’attire guère l’attention. Pourtant, ces morceaux de paysage rural sont d’immenses alliés pour la biodiversité, notamment pour de nombreux insectes en difficulté. Les haies, reliquats de l’ancien bocage, et les talus, ces petites buttes de terre moussues, sont bien plus que des séparations de parcelles. Elles abritent toute une vie discrète qui dépend de leur diversité structurale et végétale.
En France, on estime que près de 30% des insectes présentent une population en régression, et 40% d'entre eux sont menacés d’extinction mondiale selon l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité). Les haies et talus jouent un rôle majeur pour leur survie. Entre les feuilles mortes, les branches mortes, les herbes denses, les écorces fendues et la diversité des microclimats, de nombreux insectes trouvent ici de quoi se nourrir, se reproduire et passer l’hiver à l’abri.
Leur discrétion fait qu’on les remarque rarement, mais certains insectes restants dans nos campagnes bretonnes et ailleurs sont devenus des symboles d’une biodiversité fragile. Voici quelques exemples notables, dont plusieurs sont considérés comme menacés ou en déclin selon l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel) et la liste rouge européenne de l’UICN.
Pourquoi ces habitats sont-ils si irremplaçables ? Les haies forment des corridors naturels, mais leurs moindres recoins vont bien plus loin :
La Bretagne comptait près de 500 000 km de haies bocagères au début du XXe siècle. Un chiffre qui a fondu de moitié en soixante ans, notamment lors du remembrement dans les années 1960 à 1980. Dans le Morbihan, il ne reste que 37 000 km, dont à peine la moitié entretenus (source : Chambre d’Agriculture 56, 2022).
Les pressions sur ces milieux sont nombreuses :
Les conséquences sont visibles : raréfaction des pollinisateurs, chute de certains oiseaux insectivores (49% d'oiseaux des champs disparus en France en 40 ans — Muséum national d’histoire naturelle), déséquilibres écologiques majeurs.
Ces milieux ne protègent pas que les espèces du passé. Ils maintiennent l’équilibre actuel des campagnes et des jardins. Plusieurs études montrent qu’un maillage dense de haies permet aux exploitations agricoles de moins recourir aux pesticides, car coccinelles, syrphes et carabes régulent naturellement ravageurs et pucerons (source : INRAE).
Par ailleurs, la pollinisation assurée par les abeilles sauvages et certains papillons favorise aussi bien la production maraîchère que la diversité florale spontanée. Dans le Morbihan, plus d’un fruit sur trois dépend directement de ces insectes.
À certaines saisons, il faudrait presque se pencher jusqu’au ras du sol pour découvrir des cocons de papillons accrochés à un brin de fétuque, ou un terrier d’osmies dans une butte de talus. L’hiver, beaucoup d’insectes gèlent leur métabolisme entre deux écorces, ou se serrent dans une cavité pour échapper au froid.
L’abondance de ces cachettes explique que les talus et les haies servent également de relais pour d’autres animaux : hérissons, chauves-souris, oiseaux nicheurs, dont la survie est aussi liée à la présence de ces insectes.
La préservation des insectes menacés dépend de chaque choix de gestion, même au niveau individuel :
Des réseaux et associations existent en Morbihan et partout en France pour accompagner la restauration, comme le projet "Bocage du Pays de Pontivy" ou encore la Ligue pour la Protection des Oiseaux.
En arpentant les petits chemins de Saint-Barthélemy ou d’ailleurs en Bretagne, on porte rarement attention à cette vie miniature dans les haies et sur les talus. Pourtant, chaque mètre carré peut accueillir une multitude de formes, de cycles de vie et d’histoires minuscules. Ré-apprendre à observer ces habitats et à en prendre soin, c’est offrir un avenir à des espèces dont l’existence même contribue à la beauté et au fonctionnement de nos campagnes.
Pour explorer plus loin :