22/02/2026
Entre bords de prairies inondées, bras secondaires et grèves vaseuses, les zones humides du Blavet forment un territoire bien particulier. Le Blavet, ce long ruban d’eau qui façonne le centre du Morbihan, abrite tout un monde vivant dans ses marges : un monde discret, foisonnant, qu’on soupçonne à peine en parcourant les chemins qui longent ses rives, des landes de Saint-Barthélemy aux roselières de Baud.
Pourquoi cet attachement des animaux et des plantes à ces milieux humides ? La réponse tient dans la diversité des micro-habitats : là où l’eau, la terre et l’air se mêlent, la vie trouve mille façons de s’exprimer. Certaines espèces, menacées ou rares à l’échelle bretonne, trouvent ici refuge ou halte sur le chemin des migrations. D’autres, plus communes, animent ces sites toute l’année. Embarquez pour un tour d’horizon, comme si vous arpentiez ces lieux les bottes aux pieds, jumelles en main !
Dès les premiers frimas, les zones humides du Blavet se transforment en immense cantine pour les oiseaux d’Europe du Nord — canards, échassiers, passereaux y font halte ou s’y établissent. Quelques espèces emblématiques comptent parmi les plus observées :
D’autres oiseaux plus confidentiels, comme le râle d’eau ou le blongios nain, fréquentent ponctuellement ces marécages denses à la faveur de printemps pluvieux. Les ornithologues locaux scrutent également le passage des balbuzards pêcheurs en migration.
À la tombée de la nuit, ce sont d’autres hôtes qui s’activent. Les zones humides du Blavet restent un bastion pour une biodiversité en régression ailleurs, notamment chez les amphibiens :
Côté reptiles, les zones humides servent d’abri à la Couleuvre à collier (Natrix helvetica) : friande de grenouilles, elle nage habilement au fil des prairies souvent inondées. Plus rare, la cistude d’Europe, tortue d’eau douce, n’a pas été observée récemment dans le Blavet, mais quelques signalements très anciens subsistent (source : Atlas de la Biodiversité en Bretagne).
C’est souvent à la faveur d’un matin brumeux qu’apparaissent les traces — ou la silhouette fugace — des mammifères :
À la nuit tombée, il n’est pas rare d’apercevoir sur les routes proches de l’eau des fouines et renards en maraude.
Les bras morts, prairies inondées et canaux du Blavet recèlent toute une faune piscicole qui a su se faire une place dans ces milieux où l’oxygène se raréfie parfois, ou que le courant traverse de façon capricieuse.
Pour qui prend le temps de guetter, on rencontre aussi le goujon, la loche franche et, avec un peu de chance, le chabot, petit poisson amateur de fonds caillouteux.
Les zones humides du Blavet hébergent également une flore d’une grande richesse, souvent composée d’espèces spécialisées dans la gestion de l’eau, des excès comme des sécheresses.
On relève aussi la présence locale de la Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris), en voie de régression en Bretagne mais signalée ponctuellement dans quelques prairies du Blavet (source : Atlas de la flore de Bretagne).
En apparence, tout est calme. Pourtant, la vie bourdonne dans les milieux humides, où se développe un bestiaire discret mais crucial pour les équilibres naturels :
Chaque année, des inventaires menés par les associations locales actualisent la liste des espèces et révèlent parfois la présence de raretés, comme la Rosalie des Alpes ou des criquets aquatiques particuliers aux sites humides (source : Observatoire de la Faune du Morbihan).
Tout ce vivant ne tient qu’à l’équilibre de l’eau et au bon état des habitats. Or, les zones humides françaises ont perdu près de 50 % de leur superficie au XXe siècle, à cause du drainage, de l’intensification agricole ou de l’artificialisation (source : Office Français de la Biodiversité).
Autour du Blavet, quelques exemples marquent les esprits :
La vigilance de chacun — promeneurs, pêcheurs, agriculteurs, collectivités — est essentielle pour la survie de ces espèces dont beaucoup sont protégées ou en déclin.
Découvrir les espèces des zones humides du Blavet, c’est se plonger dans un monde dont la beauté tient autant à la diversité qu’à la fragilité. Pour approfondir :
En arpentant une roselière, en observant les ballets de libellules ou en écoutant une nuit de printemps les croassements multiples, on mesure vite la richesse de ces milieux. Les zones humides du Blavet sont bien plus qu’un décor : un réservoir de vie et d’équilibre à préserver, patiemment, pour tous ceux qui viendront les explorer demain.