05/04/2026
Situé au cœur du Morbihan, le Blavet trace depuis des siècles sa voie sinueuse entre landes, prairies et villages perchés. Pour les amateurs de vélo, c’est un terrain de jeu privilégié : les pentes douces côtoient les dénivelés francs, et l’ombre des grands chênes alterne avec d’incroyables percées sur la vallée. Entre Pontivy et Hennebont, le canal du Blavet façonne un corridor vert, ponctué de belvédères méconnus qui ravissent les curieux et les amoureux de paysages.
Le tronçon central, qui traverse notamment les environs de Saint-Barthélemy, est réputé pour ses reliefs « à l’ancienne », où les efforts sont souvent récompensés par des panoramas saisissants. Pédaler ici, c’est s’offrir des haltes où l’on prend le temps de regarder loin, d’embrasser du regard la mosaïque de prairies, de forêts, d’eau et de hameaux.
C’est sans doute l’un des secrets les mieux gardés du secteur. Juste au nord de Saint-Barthélemy, la route départementale D133 longe un versant qui surplombe la vallée du Blavet. Plusieurs petits chemins agricoles s’en écartent, menant à des points d’observation naturels. Depuis la hauteur, la vue s’élargit sur la rivière, serpente entre les prairies inondables et laisse apparaître par temps clair le clocher de Baud, voire le relief de Pontivy au loin. À vélo, il suffit de poser le pied à terre et de profiter du calme. C’est aussi là, sur ces promontoires, que certaines espèces sont plus facilement visibles, comme le faucon crécerelle ou, plus rarement, la buse variable (source : Faune Bretagne).
Ce village blotti autour d’un méandre du Blavet attire autant les pêcheurs que les cyclistes. En prenant la petite route qui grimpe vers la chapelle Saint-Gildas, on trouve de véritables balcons sur la vallée. L’ancien moulin du Rouveret, juste en contrehaut, donne un point de vue dégagé sur l’eau et la plaine alluviale. Il n’est pas rare de croiser ici des cyclotouristes venus de plusieurs régions : ce promontoire fait d’ailleurs partie des sites d’observation répertoriés par la Fédération française de cyclotourisme.
Un peu à l’ouest de Saint-Barthélemy, la butte de Castennec (147 mètres) domine la rencontre du Blavet et du canal d’Hilvern. Son sommet, accessible à vélo depuis la voie verte n°8, offre une vue unique sur la vallée encaissée, les alignements de peupliers et les îlots de brume qui s’accrochent au petit matin. C’est aussi un site historique : au pied du belvédère subsiste la stèle gallo-romaine de « Roz ar C’hoad », témoignage discret du passé. Par temps clair, la vue porte jusqu’aux premiers contreforts des Montagnes Noires (source : Wikipedia).
Ce tronçon de la vallée, moins parcouru car plus vallonné, regorge cependant de points de vue. En quittant Bieuzy en direction du sud, un chemin creux grimpe au hameau du Tréauray. De là, une trouée s’ouvre sur le Blavet en contrebas, et le regard se perd entre les bouquets de chênes et les parcelles agricoles. Juste à côté, la chapelle Saint-Gildas, blottie sous le grand rocher, ajoute une touche pittoresque à ce paysage classé Natura 2000 pour sa biodiversité remarquable (MNHN-INPN).
À quelques kilomètres à l’ouest du Blavet, la forêt de Camors est un site d’exception pour les cyclistes en quête d’oxygène. À sa lisière orientale, certains chemins offrent des points de vue plongeants sur la vallée. Lorsque la lumière de fin d’après-midi effleure les frondaisons, on distingue à distance les rubans bleu-vert du Blavet. Une halte sur le circuit VTT du « Bois du Roc » permet d’embrasser d’un seul regard les reliefs doux et les petites prairies cachées en contrebas.
Mieux vaut connaître les conditions avant de se lancer à l’assaut des panoramas. Le relief, dans ce secteur, oscille entre 30 et 150 mètres d’altitude, de quoi offrir de belles surprises à chaque virage, mais aussi imposer quelques efforts. Quelques repères :
Bon à savoir : l’accès aux meilleurs points de vue suppose parfois de quitter l’itinéraire principal, au prix de 500 mètres à 1 km d’efforts supplémentaires. Prévoir de l’eau dans la sacoche : peu de fontaines sur les crêtes, sauf à Saint-Nicolas ou Castennec !
Le Blavet n’est pas une rivière spectaculaire, mais un trait d’union discret entre terres paysannes et bois profonds. Depuis les hauteurs, on comprend mieux la façon dont la vie locale s’est adaptée aux caprices du paysage. Les routes, courtes et sinueuses, épousent tantôt la vallée, tantôt les plateaux. Les petits villages serrés autour de leur église témoignent d’une fréquentation ancienne de ces chemins.
En survolant la carte IGN, on repère toute une mosaïque de micro-territoires, séparés par des cordons boisés et connectés par des ponts. Ces vues supérieures donnent à voir, à chaque saison, un visage différent : au printemps, explosion de verts ; en été, la blondeur des parcelles ; à l’automne, rougeoiement des taillis sur fond de gris bleuté.
Qu’ils soient sportifs chevronnés ou simples flâneurs à deux roues, tous les cyclistes s’accordent : les panoramas du Blavet n’ont rien à envier aux sites plus connus de Bretagne. Ici, le spectacle tient à la fois de la nature et de l’histoire, du simple jeu de lumière autant que des récits transmis de génération en génération. Ces points de vue, accessibles avec un peu de courage, sont une invitation à prendre de la hauteur — au sens propre comme au figuré.
Et c’est peut-être là la grande force du Blavet : offrir le sentiment d’un ailleurs à qui sait gravir une côte, s’arrêter, et regarder autour de soi. Tout cela, à moins de 20 kilomètres des bourgs bien vivants du Morbihan, et toujours à portée de pédale.