20/12/2025

Balade ornithologique : les oiseaux "locataires" des berges du Blavet

Introduction : Les berges du Blavet, un fil de vie pour les oiseaux

Il suffit de longer le Blavet, entre lande, prairies et bois, pour se rendre compte qu’ici, la vie fourmille discrètement. Pour qui sait écouter, les rives de cette rivière sont le théâtre d’une véritable saison des amours. Chaque printemps, des dizaines d’espèces d’oiseaux viennent y établir leur nid. Du vol furtif du martin-pêcheur à la mélodie du rossignol, le Blavet est un couloir de biodiversité unique en Morbihan. Mais alors, qui niche réellement sur ces berges ? Quelles espèces choisissent le Blavet comme « maison familiale » ? Le détour vaut la chandelle, pour peu qu’on sache où regarder et, surtout, prendre le temps.

Pourquoi le Blavet attire-t-il autant d’oiseaux nicheurs ?

Le Blavet serpente sur plus de 150 kilomètres, reliant les terres intérieures à la rade de Lorient (sources : Vigie-Nature, Le Blavet, un couloir de biodiversité). Son lit paisible, bordé de roselières, fourrés et prairies humides, offre, toute l’année, refuges et ressources alimentaires. La relative tranquillité des lieux, en dehors des principaux axes routiers, favorise secrètement la reproduction d’une faune aviaire exigeante.

Voici quelques raisons qui expliquent ce succès :

  • Richesse des habitats : prairies inondables, forêts riveraines, haies et roselières.
  • Qualité de l’eau : une eau encore globalement préservée, propice à la vie aquatique, donc aux espèces piscivores et insectivores.
  • Corridor écologique : le Blavet relie plusieurs grands ensembles naturels, permettant une circulation facile.
  • Calme relatif : certaines sections, loin des villes, offrent aux oiseaux un havre paisible.

L’ensemble forme une bande étroite mais précieuse où, chaque année, s’installe une population bigarrée d’oiseaux nicheurs.

Portraits d’oiseaux nicheurs sur les bords du Blavet

Si la liste complète serait trop longue, voici les principales espèces présentes régulièrement, avec quelques chiffres et anecdotes à picorer lors de vos prochaines balades :

1. Le Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis)

Cet oiseau minuscule (moins que le merle !) est facile à manquer. Pourtant, il niche chaque année dans les recoins calmes du Blavet. Il construit un nid flottant, bien caché dans la végétation aquatique.

  • Effectifs locaux : Entre 10 et 15 couples recensés sur la portion morbihannaise du Blavet (source : Atlas des oiseaux nicheurs de Bretagne, Bretagne Vivante, 2017).
  • Chant caractéristique : Vous l’entendrez peut-être en début de matinée, un trille haut-perché presque métallique.

2. Le Martin-pêcheur d’Europe (Alcedo atthis)

Symbole de la rivière, il se signale par son éclair bleu électrique et sa pêche fulgurante. Il creuse un terrier dans les berges sableuses : une galerie pouvant mesurer plus de 60 cm !

  • Particularité : Les deux adultes se relaient à la pêche jusqu’à 80 fois par jour pour nourrir les petits.
  • Difficulté : Il peut totalement disparaître d’une berge fréquentée ou bétonnée.
  • Nombre : On compte de 5 à 10 couples sur le Blavet autour de Saint-Barthélemy, selon les recensements de la LPO Morbihan (LPO).

Anecdote : invisible, mais pas inaudible, le martin-pêcheur s’annonce souvent par son cri bref, aigu, qui file le long de la rivière avant même qu’on ne le voie.

3. La Rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus)

Elle affectionne particulièrement les hautes roselières et les joncs. Difficile à voir mais facile à entendre, elle chante toute la saison des amours depuis les tiges, secouant le silence humide de ses strophes répétées.

  • Chant : Riche, enroué, parfois décrit comme une mitraillette musicale !
  • Présence : De plus en plus régulière, notamment entre Inzinzac-Lochrist et Hennebont (source : Nature en Morbihan).

4. Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Unique en Bretagne intérieure, il est un des rares passereaux à plonger et marcher sous l’eau à la recherche d’insectes. Il niche dans les cavités des talus ou sous un vieux pont de granite, parfois à quelques centimètres seulement de la surface.

  • Particularité : Supporte bien le courant, mais disparaît si la pollution s’installe.
  • Nombre : On signale environ 6 à 8 couples nicheurs entre Pontivy et Hennebont sur le Blavet chaque année (Bretagne Vivante).

Anecdote : en hiver, le cincle est l’un des rares à déjà chanter. Certains habitants du Blavet l’appellent localement « le merle d’eau ».

5. La Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla cinerea)

Facile à reconnaître à sa longue queue en perpétuel balancement et son poitrail jaune vif, elle est fidèle aux zones de gravières et aux vieux murs envahis de mousses.

  • Habitat : Préfère les parties plus rapides et claires, parfois loin des villages.
  • Effectifs : Autour de 25 à 30 couples recensés sur la vallée du Blavet central (Sources : Atlas régional LPO).

6. Les canards nicheurs : colverts et compagnie

Le colvert demeure le plus répandu, mais le Blavet accueille aussi régulièrement le canard chipeau, la sarcelle d’hiver et parfois le rare fuligule morillon.

  • Nombre : Environ 50 à 80 couples de colverts pour l’ensemble du Blavet (chiffres ONCFS 2022).
  • Nids : Bien cachés au pied d’un saule ou dans les touffes de carex.

7. Les passereaux forestiers et bocagers

  • Le rossignol philomèle, maître chanteur du printemps, affectionne les buissons denses et les vieux saules.
  • Le bruant des roseaux, de retour en régularité, habite les anciens bras morts du Blavet.
  • L’hypolaïs polyglotte, migrateur de retour en mai, ne craint pas de nicher bas dans une haie épaisse.

La diversité des petits passereaux reste difficile à évaluer, mais sur certains tronçons, on dénombre jusqu’à 45 espèces nicheuses sur 5 km (source LPO Atlas Bretagne).

Habitudes de nidification sur les rives du Blavet

Les niches, les matériaux, les emplacements… Tout varie selon l’oiseau. Les berges du Blavet montrent une étonnante diversité de stratégies :

  • Nids flottants : Grèbes et foulques confectionnent de véritables radeaux de tiges, dissimulés à la surface.
  • Galeries dans la berge : Martin-pêcheur, parfois l’hirondelle de rivage (moins fréquente), creusent dans les escarpements argileux.
  • Buissons et haies : Roselinières pour l’effarvatte, fourrés d’aubépine pour l’hypolaïs, vieilles haies bocagères.
  • Vieux ponts : Abritent le cincle, la bergeronnette ou parfois un couple d’hirondelles rustiques.

L’absence d’intrusion humaine directe reste souvent le facteur clé. Sur certains secteurs fréquentés par les pêcheurs ou kayakistes, les mésanges et rougesgorges dominent, moins sélectifs. Sur les rives les plus reculées, c’est tout un petit peuple discret qui reprend ses droits.

Menaces et évolutions : surveiller la richesse du Blavet

Malgré la diversité apparente, tout n’est pas rose le long du Blavet :

  • Artificialisations des berges : L’installation de chemins bétonnés, la rectification ou le renforcement des talus font disparaître les sites de nidification du martin-pêcheur ou de la bergeronnette.
  • Pollution par les nitrates et pesticides : Impacte tout le réseau trophique, donc disponibilité de la nourriture pour les insectivores, et indirectement le succès reproducteur.
  • Hausse du dérangement humain : Avec la mode des loisirs nature, certaines espèces plus farouches, comme le bruant des roseaux, fuient les secteurs très fréquentés.

En Bretagne, 27 % des espèces de passereaux inféodés aux milieux humides sont considérées comme en déclin (source : Observatoire régional de la biodiversité, 2023). Sur le Blavet, le suivi LPO montre la stabilité des effectifs de martin-pêcheur, mais le recul du bruant des roseaux et de la bouscarle de Cetti.

Observer les nicheurs du Blavet : conseils & respect

Quelques recommandations pour profiter au mieux de la richesse ornithologique des rives du Blavet, tout en respectant ses habitants :

  1. Privilégiez l’observation à distance, avec des jumelles.
  2. Restez sur les sentiers : l’accès aux roselières ou berges fragiles peut détruire des nids bien camouflés.
  3. Évitez le bruit soudain, surtout au printemps.
  4. Prêtez l’oreille : il est parfois plus facile d’identifier un oiseau à son chant qu’à sa silhouette.
  5. Pensez aux sorties encadrées proposées ponctuellement par les associations naturalistes du Morbihan (LPO, Bretagne Vivante).

Petit clin d’œil : certains secteurs du Blavet entre Saint-Barthélemy et Melrand sont réputés pour l’abondance de chants à la tombée du jour. Un simple banc au bord du chemin peut devenir le meilleur poste d'affût du monde, le temps d’un soir de mai.

Un patrimoine vivant, à partager

Les berges du Blavet vivront ce printemps encore au rythme discret de leurs oiseaux nicheurs. Du plus timide des grèbes à la parade éclatante du martin-pêcheur, chaque détour de la rivière cache son lot de surprises et de petits miracles. Venir écouter, apprendre, observer, c’est déjà contribuer à mieux protéger cette richesse. Et qui sait, à la faveur d’une prochaine sortie, peut-être surprendrez-vous le cincle en pleine plongée ou le cri strident du martin-pêcheur… Le Blavet, fidèle à sa réputation, n’est jamais avare de rencontres, pour qui sait prendre le temps.

Sources : Bretagne Vivante, Atlas régional LPO Bretagne, Observatoire faune et flore du Morbihan, ONCFS, Vigie-Nature, Nature en Morbihan.

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