15/08/2025
Les longères sont l’une des formes les plus emblématiques de l’architecture bretonne paysanne. Leur présence à Saint-Barthélemy n’est pas anodine. Dès le XVIII siècle, elles parsèment la vallée du Blavet et les landes qui entourent la commune (Inventaire du patrimoine de Bretagne). Souvent construites par les familles elles-mêmes, elles répondaient à des besoins très terre à terre : abriter hommes, bêtes et récoltes dans une maison solide, facile à agrandir, et tournée vers les activités de la ferme.
À Saint-Barthélemy, la pierre de schiste bleuté, parfois mêlée de granite, compose le gros œuvre des longères. Cette pierre, extraite des carrières proches (notamment celles qui parsemaient les environs de Pontivy et Pluméliau), a une particularité : elle absorbe peu l’humidité, un atout sous le climat breton.
L’une des signatures de la longère, c’est son volume étiré : un rectangle, rarement avec étage (sauf combles aménagés), adossé à la pente naturelle du terrain. Cette configuration permettait de rallonger facilement la maison, selon les besoins familiaux.
Certaines longères mesurent plus de 25 mètres de long pour seulement 6 mètres de large ! À Kercloarec et Kerino, on retrouve encore deux de ces bâtisses remarquables — aujourd’hui restaurées, mais fidèles à leur silhouette d’origine (source : Patrimoine.bzh).
Pas de frises chargées ni de corniches sculptées. La longère va à l’essentiel : il arrive que deux ou trois linteaux soient gravés de la date de construction, d’une croix ou des initiales d’un ancêtre — traces discrètes d’un patrimoine à la fois modeste et fier.
L’agencement des longères barthéléméennes s’adapte à la vie de famille et aux saisons :
Il n’était pas rare que derrière une cloison ou une porte basse, on tombe sur l’étable ou le cellier, mitoyens. Cette mixité des usages rend le charme des restaurations actuelles… même si les odeurs d’antan ne subsistent, heureusement, que dans la mémoire collective !
L’après-guerre a changé durablement le destin des longères dans la commune. On estime qu’en 1948, on recensait presque 150 longères encore habitées à Saint-Barthélemy et dans ses hameaux (source : recensements communaux). Leur nombre a fondu avec la modernisation agricole : dans les années 1970, nombre d’entre elles tombent à l’abandon ou sont transformées en entrepôts.
Depuis les années 1990, le vent a tourné. De plus en plus de familles ou de passionnés restaurent avec soin ces maisons, tentant de préserver l’âme d’origine :
On remarque aussi l’apparition d’ateliers d’artisans d’art ou de salles d’accueil associatif dans d’anciennes longères rénovées, un retour aux sources communautaires du bâti rural (cf. « Les patrimoines du Morbihan », Presses Universitaires de Rennes, 2011).
Qui souhaite voir de près ces maisons peut parcourir la boucle patrimoine autour de Saint-Barthélemy (circuit de 9 km, fiches disponibles en mairie) où l’on traverse plusieurs hameaux comme Kerdonan, Kerino ou encore les abords du Blavet. Les passionnés de photo aimeront les lumières rasantes du matin, qui révèlent la beauté sobre du schiste et la danse des ombres sous les toits d’ardoise.
Un conseil : prenez le temps de parler aux habitants. Nombreux sont celles et ceux qui ont des souvenirs, des anecdotes et parfois même des histoires de restauration inventive ou d’héritages inattendus autour de ces maisons pas tout à fait comme les autres.
Habiter, restaurer ou simplement admirer une longère à Saint-Barthélemy, c’est renouer avec une certaine idée de la Bretagne rurale : attentive au temps long, soucieuse de la cohérence entre le bâti, le paysage, et la vie qui s’y déroule.