15/08/2025

Les longères de Saint-Barthélemy : Un patrimoine discret à la personnalité bien trempée

Les racines d’un bâti rural : genèse et ancrage dans le territoire

Les longères sont l’une des formes les plus emblématiques de l’architecture bretonne paysanne. Leur présence à Saint-Barthélemy n’est pas anodine. Dès le XVIII siècle, elles parsèment la vallée du Blavet et les landes qui entourent la commune (Inventaire du patrimoine de Bretagne). Souvent construites par les familles elles-mêmes, elles répondaient à des besoins très terre à terre : abriter hommes, bêtes et récoltes dans une maison solide, facile à agrandir, et tournée vers les activités de la ferme.

  • Période de construction : Majoritairement du XVIII au tout début XX siècle, avec quelques restaurations ultérieures.
  • Implantation : Toujours orientées pour optimiser la lumière et l’abri du vent, souvent est-ouest avec la façade principale au sud.
  • Utilisation principale : Habitat mixte pour la famille et le bétail, jusqu’aux années 1950-1960.

Des matériaux locaux, une architecture étudiée

Quand la pierre fait corps avec le paysage

À Saint-Barthélemy, la pierre de schiste bleuté, parfois mêlée de granite, compose le gros œuvre des longères. Cette pierre, extraite des carrières proches (notamment celles qui parsemaient les environs de Pontivy et Pluméliau), a une particularité : elle absorbe peu l’humidité, un atout sous le climat breton.

  • Épaisseur des murs : en moyenne 50 à 70 cm, garantissant fraîcheur l’été et chaleur l’hiver.
  • Encadrements : pierres de taille pour les ouvertures importantes (portes charretières, grandes fenêtres).
  • Enduit à la chaux : Localement fréquent, il protège la pierre des intempéries tout en la laissant respirer. La teinte varie du blanc cassé à l’ocre.

Un plan tout en longueur… mais adaptable

L’une des signatures de la longère, c’est son volume étiré : un rectangle, rarement avec étage (sauf combles aménagés), adossé à la pente naturelle du terrain. Cette configuration permettait de rallonger facilement la maison, selon les besoins familiaux.

  1. Une seule pièce en profondeur : la distribution intérieure s’organise quasi toujours d’un seul tenant, chaque pièce traversant toute la largeur.
  2. Porte centrale, cheminées latérales : à Saint-Barthélemy, la porte s’ouvre souvent au milieu ou légèrement décalée. Les cheminées, larges et basses, occupent les pignons.
  3. Dépendances attenantes : les anciennes étables ou celliers viennent en bout de longère, d’où la diversité des longueurs parfois impressionnante.

Certaines longères mesurent plus de 25 mètres de long pour seulement 6 mètres de large ! À Kercloarec et Kerino, on retrouve encore deux de ces bâtisses remarquables — aujourd’hui restaurées, mais fidèles à leur silhouette d’origine (source : Patrimoine.bzh).

Des toits, des corniches et des lucarnes qui racontent une histoire

L’ardoise, reine des charpentes

  • Couverte à l’ardoise bleutée : Soutirée des carrières de Gourin ou de Trémaouézan, l’ardoise est omniprésente. Elle descend très bas sur la façade nord, protégeant murs et volets de la pluie.
  • Pente du toit : Entre 40° et 45°, une inclination qui favorise l’écoulement rapide des précipitations et évite les infiltrations.
  • Lucarnes et œils-de-bœuf : Rares sur les longères barthéléméennes mais parfois ajoutées au XIX siècle lors de rénovations, notamment pour augmenter la lumière dans les greniers à foin.

Rien de superflu : décoration minimale mais affirmée

Pas de frises chargées ni de corniches sculptées. La longère va à l’essentiel : il arrive que deux ou trois linteaux soient gravés de la date de construction, d’une croix ou des initiales d’un ancêtre — traces discrètes d’un patrimoine à la fois modeste et fier.

L’intérieur : simplicité rustique et énergie paysanne

L’agencement des longères barthéléméennes s’adapte à la vie de famille et aux saisons :

  • Grande pièce de vie : Coin centrale, souvent la « salle-du-feu », regroupe le foyer, la table et souvent un vieux banc-coffre.
  • Alcôves ou lits-clos : Blottis dans une extrémité, ils offraient chaleur et intimité, surtout en hiver.
  • Sols en terre battue ou dalles de schiste : Véritable signature dans les maisons du centre Morbihan jusqu’au début du XX siècle.

Il n’était pas rare que derrière une cloison ou une porte basse, on tombe sur l’étable ou le cellier, mitoyens. Cette mixité des usages rend le charme des restaurations actuelles… même si les odeurs d’antan ne subsistent, heureusement, que dans la mémoire collective !

Les longères et l’évolution du paysage barthéléméen

L’après-guerre a changé durablement le destin des longères dans la commune. On estime qu’en 1948, on recensait presque 150 longères encore habitées à Saint-Barthélemy et dans ses hameaux (source : recensements communaux). Leur nombre a fondu avec la modernisation agricole : dans les années 1970, nombre d’entre elles tombent à l’abandon ou sont transformées en entrepôts.

Depuis les années 1990, le vent a tourné. De plus en plus de familles ou de passionnés restaurent avec soin ces maisons, tentant de préserver l’âme d’origine :

  • Respect des volumes : On évite de cloisonner à l’excès, on conserve les poutres et dallages.
  • Matériaux anciens : Enduits traditionnels à la chaux, reprises de toitures à l’ardoise, récupération de menuiseries en chêne.
  • Isolation naturelle : Chanvre, laine de bois ou de mouton, choix volontaires pour garder la respirabilité des murs.

On remarque aussi l’apparition d’ateliers d’artisans d’art ou de salles d’accueil associatif dans d’anciennes longères rénovées, un retour aux sources communautaires du bâti rural (cf. « Les patrimoines du Morbihan », Presses Universitaires de Rennes, 2011).

Anecdotes et singularités locales

  • On trouve au lieu-dit Talhouët une longère possédant encore son « pressoir à pommes entier », outil géant taillé dans le schiste, utilisé jusque vers 1930. La bâtisse, aujourd’hui privée, fait partie des rares exemples de maisons jumelées à leur chai à cidre.
  • Le linteau de la longère du Rouzic porte la mention « 1793 », année révolutionnaire à forte charge symbolique. À l’époque, plusieurs familles s’abritaient dans la même structure pour échapper aux razzias (source : Archives départementales du Morbihan).
  • Certaines longères de la commune, notamment celles de Kergrist, arborent sur leur pignon une petite niche de granit avec une statuette de saint, coutume liée à la protection des récoltes encore vive jusqu’aux années 1940.

Quelques conseils pour reconnaître (et apprécier) une vraie longère barthéléméenne

  • Façade résolument horizontale : la maison ne domine jamais, elle accompagne le champ ou le talus qu’elle longe.
  • Ouvertures basses et peu nombreuses : la lumière pénètre surtout par les portes, la chaleur aussi !
  • Absence (ou rareté) de lucarnes : contrairement aux maisons de ville ou aux fermes du nord Morbihan, les longères locales privilégient l’austérité du toit plat.
  • Matériaux bruts et locaux : la pierre bleutée, le granit, parfois de simples moellons surfacés au mortier de chaux.
  • Vestiges agricoles : regardez autour de la bâtisse : puits, anciens fours à pain ou étables adossées sont autant d’indices d’une ferme authentique.

S’aventurer sur les traces des longères à Saint-Barthélemy

Qui souhaite voir de près ces maisons peut parcourir la boucle patrimoine autour de Saint-Barthélemy (circuit de 9 km, fiches disponibles en mairie) où l’on traverse plusieurs hameaux comme Kerdonan, Kerino ou encore les abords du Blavet. Les passionnés de photo aimeront les lumières rasantes du matin, qui révèlent la beauté sobre du schiste et la danse des ombres sous les toits d’ardoise.

Un conseil : prenez le temps de parler aux habitants. Nombreux sont celles et ceux qui ont des souvenirs, des anecdotes et parfois même des histoires de restauration inventive ou d’héritages inattendus autour de ces maisons pas tout à fait comme les autres.

Habiter, restaurer ou simplement admirer une longère à Saint-Barthélemy, c’est renouer avec une certaine idée de la Bretagne rurale : attentive au temps long, soucieuse de la cohérence entre le bâti, le paysage, et la vie qui s’y déroule.

Pour aller plus loin

  • « Inventaire du patrimoine culturel – Bretagne », patrimoine.bzh.
  • « Les patrimoines du Morbihan » – Presses Universitaires de Rennes, 2011.
  • Archives départementales du Morbihan : fonds sur l’habitat rural du XIX siècle.

Pour aller plus loin