18/08/2025
Dans les ruelles de Saint-Barthélemy et sur les sentiers des alentours, l’architecture ancienne a le don de capter le regard. Mais ce ne sont pas que de vieilles pierres ou de simples toits pointus : chaque maison, chaque grange, chaque muret raconte une histoire au travers de ses matériaux. Apprendre à les reconnaître revient à ouvrir un livre sur la façon dont nos ancêtres ont apprivoisé leur environnement, construit leur quotidien, et forgé ce caractère discret mais bien affirmé qui fait la commune.
Le Morbihan intérieur, dont Saint-Barthélemy fait partie, regorge de bâtis aux matériaux taillés sur place ou à proximité. Voici les principaux matériaux qu’on retrouve au fil des siècles :
Impossible de parler de bâtis anciens sans parler de pierre. À Saint-Barthélemy, le schiste est un invité régulier, et le granite vient jouer les solides alliés sur les encadrements d’ouvertures ou les angles exposés. Savoir les distinguer, c’est avant tout observer :
Astuce rapide : passer la main sur le mur : le schiste est plus soyeux et froid, le granite légèrement rugueux. L’uniformité du grain est un indice : plus c’est homogène, plus c’est du granite.
Le toit ardoisé, c’est la signature de la maison du pays. Les carrières de Bretagne, notamment celles de Pont-Réan, d’Angers (moins local), ou de Ploërdut, ont fourni la région pendant plus de trois siècles (Inventaire du Patrimoine, DRAC Bretagne).
Le poids d’une toiture d’ardoises sur une maison paysanne du XIX : souvent plus de 80 kg/m². Ce qui explique la robustesse des charpentes en place, souvent en chêne ou châtaignier local (“la forêt de Camors, à 20 km, a longtemps été exploitée pour ses charpentes” – Source : Archives départementales du Morbihan).
Sous les toits, sur les murs, les apparences sont parfois trompeuses : beaucoup de maisons sont recouvertes d’enduits qui masquent la pierre, notamment pour la protéger du vent et de la pluie fine (la fameuse “bruine bretonne”). Jusqu’à la première moitié du XX siècle, la chaux locale (obtenue en cuisant le calcaire extrait, par exemple, de Saint-Pierre-Quiberon) était omniprésente :
Le torchis, mélange de terre argileuse, de paille et de chaux, reste fréquent à l’intérieur. On le repère à son aspect un peu bosselé, irrégulier, légèrement poreux. Il se fissure parfois en cas de sécheresse, et garde la trace des outils du maçon artisanal (marques de truelle, pailles visibles).
On ne le voit pas toujours mais il est là : le bois – souvent du chêne ou du châtaignier – compose les charpentes, les planchers, parfois même les murs à colombages des bâtisses les plus anciennes (même si dans le Morbihan, le colombage est plus rare qu’en Ille-et-Vilaine). Dans les bâtiments dont la charpente ancienne a été préservée, on peut dater le bois grâce aux marques de l’outil : un bois équarri à la cognée (avant scierie) offre des surfaces un peu ondulées, non linéaires.
Petite anecdote : les poutres récupérées de navires en fin de service ont parfois servi à renforcer des longères, les clous forgés encore en place attestant d’une origine marine (source : Musée de Bretagne).
Comment identifier le soin ou l’époque de construction ? Observer les éléments de décor et de structure :
Certains matériaux sont apparus plus tardivement – tuiles plates importées du Sud à partir de la seconde moitié du XIX siècle, verre soufflé pour les fenêtres (d’abord réservé aux riches demeures), premiers éléments de ferronnerie pour les grilles et balconnettes. Des indices que la maison a connu des évolutions ou a été modernisée, souvent entre 1890 et 1930.
Matériau | Couleur/Aspect | Utilisation principale | Astuce de reconnaissance |
---|---|---|---|
Schiste | Gris-bleu, feuilleté | Murs, murets | Moiré en surface, éclate en laisses minces |
Granite | Beige, gris, pailleté | Angles, linteaux, escaliers | Toucher rugueux, grains visibles |
Ardoise | Bleu foncé, mat | Toitures | Fines, posées en décroissant, traces de fossile possibles |
Chaux/Enduit | Blanc, crème, mat | Murs recouverts | Bosselets, fissures, traces d’outil |
Bois (chêne/châtaignier) | Bistre, veinage prononcé | Charpente, colombage, portes | Surface non plane si équarri, traces de hache |
Torchis | Beige, irrégulier | Cloisons intérieures | Paille apparente dans la matière |
Reconnaître les matériaux anciens, c’est avant tout ralentir le pas. Sur les chemins de Saint-Barthélemy, lever les yeux sur un coffre de porte, effleurer les pierres d’un puits, observer la patine d’un mur… On s’aperçoit que l’architecture d’ici, loin d’être figée, est le fruit du rapport direct entre l’homme et cette terre souvent dure, jamais stérile. Prendre le temps de repérer un schiste bleu réchauffé par le soleil, une ardoise brisée tombée d’un toit, un encadrement de porte bien ajusté : autant de petits plaisirs qui relient au passé tout en nourrissant l’œil du promeneur curieux.
Pour aller plus loin, des ouvrages comme « Maisons rurales et vie quotidienne en Bretagne » (CRÉPAHB) ou les carnets de balades du patrimoine de la Région Bretagne proposent d’autres pistes d’observation. À Saint-Barthélemy, chaque pierre trouvée sur les chemins – qu’elle soit posée au faîtage ou dressée le long d’un sentier – traduit un art de vivre local : durable, fait d’économie et d’invention à partir du plus simple.
Un patrimoine à redécouvrir, tout autour de soi, simplement, à hauteur de main et de regard.