04/02/2026

La vie discrète : amphibiens et reptiles des zones humides autour de Saint-Barthélemy

Des mondes cachés au bord des mares et rivières

On passe souvent à côté sans les remarquer. Au bord du Marais de Kergrist, sous le couvert des saules ou dans l’eau claire d’un fossé, le spectacle de la vie mené par les amphibiens et les reptiles se joue à petite échelle. Ces habitants discrets, pourtant essentiels au bon équilibre des milieux, peuplent nos zones humides de Saint-Barthélemy et du Morbihan.

Petite plongée dans la vie cachée de nos voisins à écailles et à peau nue.

Pourquoi les zones humides leur sont essentielles

Les zones humides, comme les mares, étangs, rivières lentes, fossés ou prairies inondées, représentent des habitats clés pour la survie des amphibiens et de nombreux reptiles. Elles offrent :

  • Des abris pour la reproduction, la métamorphose et la croissance (pour les amphibiens).
  • Un garde-manger bien fourni : insectes, limaces, vers… tout ce qui rampe ou flotte.
  • Un climat doux et une humidité qui permettent de limiter la déshydratation, mortelle pour bien des espèces.

En Bretagne, environ 90% des zones humides ont disparu en un siècle, selon la Fédération Bretagne Nature Environnement. Ce recul explique le déclin préoccupant de plusieurs espèces sensibles, comme le triton crêté ou le sonneur à ventre jaune (source : Observatoire de l’Environnement en Bretagne).

Amphibiens de Saint-Barthélemy : des chants et des couleurs

Les soirs de printemps, les mares s’animent et les concerts de grenouilles s’entendent à bonne distance. Voici les espèces que l’on peut (parfois) apercevoir autour de chez nous.

Grenouilles : reines des mares

  • La grenouille agile (Rana dalmatina) : la plus fréquente dans le secteur. De couleur brun clair, elle saute parfois à plus d’un mètre de haut lorsque l’on approche. Elle pond ses œufs en mars-avril, le plus souvent au fond des fossés.
  • La grenouille verte (Pelophylax kl. esculentus) : souvent visible sur les berges, elle coasse bruyamment dès le mois de mai. Les têtards sont présents presque tout l’été.
  • La grenouille rousse (Rana temporaria) : d’un roux sombre, très liée aux sous-bois humides. Plus discrète, elle “débarque” en masse aux étangs pour pondre dès fin février.

Les tritons : petits dragons de nos mares

  • Triton palmé (Lissotriton helveticus) : la silhouette fine, la queue bordée d’un fil noir et le ventre orangé. Sa parade nuptiale, tout en oscillations, se déroule de mars à mai dans les mares aux eaux claires.
  • Triton crêté (Triturus cristatus) : le plus impressionnant d’Europe ! Mâle, sa crête spectaculaire en période de reproduction lui donne des airs de dinosaure miniature. Rare et protégé, il indique une très bonne qualité de l’eau.
  • Triton ponctué (Lissotriton vulgaris) : plus petit, tacheté de points sombres, fréquente les prairies humides en lisière de forêt.

Salamandres et autres “batraciens”

  • La salamandre tachetée (Salamandra salamandra) : noire avec des points jaunes éclatants, elle sort surtout par temps pluvieux et la nuit pour chasser versants humides, vieilles souches et fossés ombragés.
  • L’alyte accoucheur (Alytes obstetricans) : un petit crapaud gris à l’œil doré, célèbre pour sa façon unique de porter ses œufs sur ses pattes arrière jusqu’à l’éclosion — souvent près des zones caillouteuses humides.
  • Le crapaud commun (Bufo bufo) : robuste, verruqueux, il migre à la mare pour la reproduction, parfois en traversant les routes (et la vigilance des habitants est de mise).

Reptiles : à la frontière de l’eau et de la terre

Contrairement à une idée reçue, les zones humides ne sont pas seulement le refuge des amphibiens. Les reptiles y trouvent aussi leur compte, surtout dans les prairies inondées, les lisières, les talus ou les bords de rivières.

Les serpents : attention aux idées reçues

  • La couleuvre à collier (Natrix helvetica) : la plus aquatique, avec sa tache jaune derrière la tête. Excellente nageuse, elle chasse poissons, têtards, grenouilles. Inoffensive, elle “fait la morte” en cas de menace, la gueule entrouverte et la langue pendante.
  • La vipère péliade (Vipera berus) : plutôt rare dans le secteur mais observable dans les zones très froides et humides (landes rases, bords de lande). Attention, elle est protégée et il ne faut jamais la manipuler.

Lézards des milieux humides

  • Lézard vivipare (Zootoca vivipara) : paradoxalement, ce petit lézard préfère l’humidité des prairies fraîches ou les abords de mares. Il met bas des petits déjà formés, d'où son nom. En Bretagne, il est au nord de sa limite sud de répartition (source : INPN).

Menaces et enjeux pour ces espèces locales

Près de 40% des amphibiens de France sont menacés (Liste rouge UICN, 2023), victimes principalement de :

  • Destruction et assèchement des mares (bétonisation, drainage agricole…)
  • Pollution de l’eau par les pesticides et nitrates
  • Fragmentation des habitats (routes, urbanisation)
  • Introduction de poissons carnivores dans les mares, qui dévorent les œufs et têtards
  • Changement climatique, qui perturbe les cycles de reproduction

Chez les reptiles, la disparition des talus, la coupe des haies et l’artificialisation des bords d’eau jouent un rôle tristement semblable, réduisant toujours plus les lieux favorables à la reproduction ou à la chasse.

Pourquoi ces animaux sont précieux

  • Régulation naturelle : grenouilles et tritons entretiennent une “police écologique” en chassant moustiques, limaces et autres insectes nuisibles pour l’homme et les cultures.
  • Indicateurs de santé des milieux : très sensibles à la qualité de l’eau et des sols, leur présence ou leur absence en dit long sur l’état de notre environnement.
  • Patrimoine vivant : voir une salamandre traverser un chemin par une soirée humide, croiser un triton crêté dans un abreuvoir ou entendre les concerts de grenouilles, c’est toucher du doigt ce qui fait la richesse de la nature morbihannaise.

Où et comment les observer près de Saint-Barthélemy ?

Les alentours immédiats de la commune, mais aussi la vallée du Blavet et des affluents comme le Tarun, recèlent de petits coins où l’on peut rencontrer ces animaux, sans les déranger.

Voici quelques lieux d’intérêt (à respecter et à ne jamais fouiller de manière intrusive) :

  • Mares de hameaux (Kergrist, Poulvern ex : mares communales restaurées par le PNR)
  • Bords des sous-bois du Bourgneuf pour salamandres et grenouilles rousses
  • Prairies humides en arrière de la chapelle Saint-Gildas : tritons palmés et ponctués
  • Marais de Grugé (près du Blavet) : grenouilles vertes et couleuvres à collier au printemps et en été

Pour augmenter vos chances :

  • Préférez le soir ou tôt le matin, surtout par temps humide.
  • Restez silencieux : écoutez les chants, observez les moindres mouvements parmi les herbes.
  • N’attrapez jamais un animal : la simple manipulation peut lui nuire.
  • Signalez à la mairie ou aux associations locales la présence d’espèces rares : elles sont protégées par la loi (arrêté de protection de 2007).

Pour aller plus loin

Quelques ressources sérieuses pour en savoir plus :

L’humidité, un trésor vivant à préserver

Mares, ruisseaux, prairies humides : nos paysages de Saint-Barthélemy regorgent de recoins où la vie foisonne au ras du sol et sous la surface. Observer amphibiens et reptiles, c’est apprendre à voir, à écouter, à prendre soin d’un patrimoine local qui ne demande qu’à se révéler.

Protéger ces milieux humides, c’est donner une chance à cette biodiversité de continuer à émerveiller petits et grands, à maintenir l’équilibre des campagnes et à nous rappeler que la vie la plus fascinante se trouve parfois juste sous nos pieds.

Sources : Bretagne Vivante, Atlas des amphibiens et reptiles de Bretagne, UICN France, Observatoire de l’Environnement en Bretagne, INPN.

Pour aller plus loin