01/02/2026

Rencontre avec les mammifères sauvages de Saint-Barthélemy : qui vit vraiment dans nos bois et prairies ?

Un patrimoine discret sous nos yeux

Sur les chemins creux, le long d’un talus moussu ou dans l’herbe fauchée d’une prairie, difficile d’imaginer parfois l’intense activité qui anime la commune à la nuit tombée. Saint-Barthélemy, lovée dans le cœur du Morbihan, cache un peu partout une vie sauvage foisonnante. Parmi ses habitants les plus discrets : une quinzaine de mammifères, du minuscule musaraigne à la silhouette imposante du chevreuil.

Pour qui sait être attentif, même sans les voir, leurs traces et indices racontent une Bretagne intime, loin des clichés habituels. Voici un tour d’horizon de cette faune locale – chiffres à l’appui, anecdotes à la clé et conseils pour aventuriers du dimanche.

Petits mais nombreux : les rongeurs et insectivores

Ils sont la base gourmande de l’écosystème : difficile de passer une nuit d’été sans entendre le frottement de leur vie nocturne tout près de la lisière. Si certains restent invisibles, leurs papattes laissent bien plus d’indices que l’on croit.

La famille des campagnols et souris

  • Le Campagnol des champs (Microtus arvalis) : Installé dans presque toutes les prairies, il creuse des galeries de 4 à 7 cm de diamètre, tapisse le sol de petits crottins noirs et coupe l’herbe en “chemins” caractéristiques. Certaines années, sa population (voir INPN pour les chiffres) peut dépasser plusieurs centaines d’individus à l’hectare.
  • La Souris grise (Mus musculus) : Moins présente en plein bois, mais fréquente tout de même les abords des fermes et des talus pierreux.
  • Le Mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus) : Agile grimpeur et sauteur, il est le champion toutes catégories pour semer des graines en forêt. Son “nid” de feuilles bien sphérique est parfois observable au pied des haies.

Musaraignes et compagnies

  • La Musaraigne commune (Sorex araneus) : Plus fréquente qu’on ne le croit, elle pèse à peine 10 grammes. Elle chasse sans relâche, jusqu’à consommer chaque jour l’équivalent de son poids en insectes.
  • La Taupe d’Europe (Talpa europaea) : Les taupinières constellent les prairies humides, notamment au printemps. Une taupe adulte peut creuser 20 mètres de galeries en une journée (source : Muséum national d’Histoire naturelle).

Chevreuils et sangliers : les grands discrets de la commune

Plus imposants, ils restent pourtant discrets, surtout en journée. Mais il suffit d’un lever de brume ou de l’aube pour parfois les croiser.

  • Le Chevreuil (Capreolus capreolus) : Présent dans les boisements les plus denses de Saint-Barthélemy, on reconnaît ses traces à ses petites empreintes “en cœur” (4 à 5 cm). Il fréquente surtout, au crépuscule, les clairières et les bords des cultures. Selon l’Office français de la biodiversité, les chevreuils sont en nette progression sur l’ouest breton depuis trente ans. Deux ou trois individus peuvent se partager moins de 50 hectares localement.
  • Le Sanglier (Sus scrofa) : Plus nocturne, ses battues sont souvent organisées en automne. Les prairies retournées sur les abords du Loc’h ou des vallées marquent son passage. En période de glandée, le sanglier parcourt parfois de longues distances. Sur le Morbihan, les effectifs ont plus que doublé depuis les années 2000 (source : ONCFS), avec une adaptation croissante aux paysages bocagers.

Renards, blaireaux, lièvres : de la ruse à l’élégance

Saint-Barthélemy n’échappe pas à la présence de ces grands acteurs de la campagne bretonne. Chacun possède ses habitudes et ses lieux de prédilection.

  • Le Renard roux (Vulpes vulpes) : Il loge dans les fourrés ou sous de vieux arbres creux, parfois à moins de 100 mètres des habitations. On retrouve facilement ses crottes en “pelotes” tordues, souvent placées en évidence sur une pierre. Il régule efficacement les petits rongeurs, mais se nourrit aussi de fruits et de déchets humains.
  • Le Blaireau européen (Meles meles) : Souterrain, le blaireau signalera parfois sa présence par des trous larges (jusqu’à 30 cm de diamètre), accompagnés de tas de terre et de “puits à crottes”. La taille des familles peut compter jusqu’à 6 ou 8 individus. Leur terrier peut durer plus de 50 ans ! (source : Fédération des chasseurs du Morbihan).
  • Le Lièvre d’Europe (Lepus europaeus) : Animal de plaine par excellence, il affectionne les grandes prairies fauchées et les cultures proches du village. Les empreintes longues et étroites, en “parallèle”, trahissent sa présence surtout sur les sols humides. Les chiffres du Muséum de Rennes montrent qu’il compte parmi les mammifères les plus observés aux abords de la Ria du Blavet tout proche.

Mammifères rares ou discrets : hérissons, martres & genettes

Moins communs ou plus secrets, certains mammifères se dévoilent surtout à la faveur de circonstances bien particulières.

Hérisson et compagnie

  • Le Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) : Menacé partout en France, il subsiste grâce aux jardins et talus non traités. Ses crottes sombres, remplies de carapaces d’insectes, s’observent parfois sur les pelouses du bourg. Attention, la route est son pire danger : jusqu’à 30% des hérissons périssent sous les roues chaque année (source : France Nature Environnement).

Petits prédateurs à l’affût

  • La Fouine (Martes foina) : À l’aise dans les dépendances et greniers, elle croque volontiers œufs, petits oiseaux ou fruits tombés. Les agriculteurs connaissent bien ses petits pas feutrés sur les tôles des hangars.
  • La Martre des pins (Martes martes) : Rare mais signalée dans les massifs boisés les plus vieux, elle se différencie par son poil plus foncé et sa “bavette” jaune.
  • La Genette (Genetta genetta) : Historique mais rare, sa présence a été ponctuellement signalée à la périphérie de la commune (source : Atlas de la Faune Sauvage de Bretagne). Avec sa longue queue annelée, elle surprend par la grâce de son déplacement.

Chiropthères : la vie nocturne des chauves-souris

On les aperçoit souvent à la tombée du soir, virevoltante au-dessus des prairies, chassant moustiques et papillons. Les linteaux des vieilles maisons ou les toits d’église leur servent parfois de gîte d’été.

  • Le Grand murin (Myotis myotis) : Plus gros que ses cousines, il chasse dans les prairies et lisières. L’été, une colonie peut protéger jusqu’à 400 kg d’insectes par an (source : Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères).
  • La Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) : C’est la plus fréquente en Bretagne. Elle pèse à peine six grammes et peut dévorer plus de 300 insectes en une nuit !

Conseils pour observer sans déranger

Voir un mammifère sauvage n’est jamais garanti, mais multiplier les occasions augmente la chance. Quelques astuces fédèrent les amateurs :

  • S’équiper de jumelles et rester silencieux lors des balades à l’aube ou au crépuscule.
  • Guetter les traces : crottes, empreintes, coulées dans l’herbe et poils accrochés aux ronces sont de précieux indices.
  • Ne pas laisser de déchets, limiter la présence de chiens non tenus en laisse, surtout au printemps (période de mise bas).
  • Consulter la base naturaliste Faune Bretagne pour signaler ses observations.

Anecdotes et singularités locales

  • En hiver 2018, des renards ont été observés jusque dans le centre-bourg, à la faveur d’épisodes neigeux rares.
  • Les traces de chevreuil sont parfois visibles dans la boue du halage près du Blavet, montrant leur aisance à nager d’une rive à l’autre.
  • L’église du bourg héberge, chaque juin, une petite colonie de chauves-souris pipistrelles, dont on repère les fientes sèches près de la sacristie.

Piste(s) d’avenir et préservation

À Saint-Barthélemy comme ailleurs en Bretagne, la présence et la diversité des mammifères dépendent d’un équilibre fragile. Les haies, les bois connectés aux prairies humides, les jardins sans pesticides jouent un rôle clé. Pour continuer à accueillir cette faune, plusieurs associations locales se mobilisent. Chacun à son échelle peut agir, par de petits gestes – privilégier les tontes tardives, laisser quelques tas de bois ou de pierres, éviter l’éclairage nocturne inutile.

Le territoire, même modeste, concentre ainsi une variété inestimable de mammifères adaptés aux paysages de bocage. Ce patrimoine vivant mérite l’attention : il témoigne d’un Morbihan vibrant, bien au-delà des clichés de carte postale.

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