11/01/2026

Préserver les trésors naturels de Saint-Barthélemy : gestes, enjeux et initiatives locales

Des espaces naturels variés et précieux à Saint-Barthélemy

Peu de communes de taille modeste en Morbihan peuvent revendiquer un maillage écologique similaire à celui de Saint-Barthélemy. Ici, chaque zone humide est un réservoir de vie, chaque talus bocager entre deux champs un véritable corridor pour les espèces qui s’y faufilent.

  • Les rives de l’Ével : Ce petit affluent du Blavet, serpentant en lisière de la commune, abrite saules, aulnes et massettes. Ce sont autant de refuges pour l’avifaune et les amphibiens.
  • Les landes et bois bocagers : Vestige du patrimoine agraire, les chemins bordés de vieux chênes tracent la mémoire vivante du pays. Ici, l’on retrouve des espèces typiques du Morbihan central, à l’image de la genette, parfois aperçue au crépuscule.
  • Prairies humides et mares temporaires : Zones souvent ignorées, ces milieux abritent libellules, grenouilles agiles et une végétation inféodée à la présence de l’eau.

La cartographie du Ministère de la Transition Écologique révèle que 6% des surfaces du Morbihan sont classées en espaces naturels sensibles, dont des secteurs morcelés sur le territoire de Saint-Barthélemy.

Quels enjeux pour la préservation ?

La préservation de la nature ici n’est pas une question abstraite. C’est une lutte silencieuse contre l’artificialisation et l’appauvrissement des milieux. Les menaces sont connues, bien qu’elles opèrent souvent par petites touches, presque insidieuses :

  • Fragmentation des habitats : La suppression des haies — on estime en Bretagne une perte de 12 000 km de haies chaque année d’après Région Bretagne — a un impact direct sur la biodiversité locale.
  • Pollution diffuse : Les pesticides et nitrates, issus de l’agriculture conventionnelle, se retrouvent parfois dans les eaux et les sols. Le dernier rapport de la DREAL Bretagne (2023) souligne que 22% des masses d’eau du Morbihan dépassent les seuils en nitrates.
  • Pression des activités humaines : Promeneurs, coureurs, ramasseurs de champignons... L’usage des chemins évolue, générant parfois du piétinement, de l’accumulation de déchets ou des franchissements d’espaces sensibles.

Heureusement, à Saint-Barthélemy, la faible urbanisation et la proximité du tissu agricole familial limitent encore certains dégâts, mais l’équilibre reste fragile.

La réglementation locale : savoir où et comment agir

Tous les espaces naturels ne bénéficient pas du même degré de protection. À Saint-Barthélemy, deux dispositifs sont particulièrement marquants :

  • Espaces Naturels Sensibles (ENS) : Cette démarche départementale permet de protéger près de 220 hectares sur le secteur de Pontivy Community, avec restauration de mares et reconquête de chemins creux ; une partie du nord de la commune est identifiée concernée.
  • Trames verte et bleue : Cette politique d’aménagement, adoptée par la commune dans son PLU, vise à relier les milieux naturels grâce à la préservation des haies, talus et zones humides, véritables axes de biodiversité.

En pratique, cela signifie que toute modification du paysage (coupe d’arbres, drainage, aménagements) nécessite, dans certains secteurs, une autorisation ou avis préalable en mairie ou auprès du Conseil départemental. Cette vigilance évite que de petits actes — une mare comblée, une haie arrachée — aboutissent à une perte irrémédiable d’habitat naturel.

Les initiatives locales en faveur de la biodiversité

Saint-Barthélemy s’illustre, parfois discrètement, par un tissu local d’initiatives favorables à la préservation des espaces protégés. Ce sont autant de graines semées, qui changent la donne sur le terrain.

  • Le programme « Breizh Bocage » : Depuis 2010, ce dispositif régional permet aux agriculteurs et riverains de planter ou restaurer des linéaires bocagers. On compte déjà plus de 2 km de haies recréées ou entretenues sur la commune à l’initiative de plusieurs exploitants locaux (Breizh Bocage).
  • Animations et recensements participatifs : En 2023, une opération de comptage des chouettes chevêches de Chevêche (espèce protégée) a mobilisé une quinzaine d’habitants volontaires grâce au partenariat avec le Groupe Mammalogique Breton.
  • Gestion différenciée des espaces communaux : La commune pratique la fauche tardive sur certains espaces verts, laissant les prairies se transformer en refuges temporaires pour insectes et oiseaux. Cette pratique favorise la floraison de près de 45 espèces végétales localement recensées en zone communale, selon l’Observatoire régional de la biodiversité.

À noter aussi, l’édition annuelle du « Printemps de la Nature », organisée en avril. Au programme : sorties botaniques, construction de nichoirs, conseils pratiques pour laissez-faire la nature chez soi.

Quels gestes adopter lors de ses balades ?

La préservation n’est pas qu’une affaire de règlements. Elle passe d’abord par une foule de petits gestes simples, accessibles à tous, qui peuvent transformer une promenade en acte de vigilance :

  1. Respecter les sentiers balisés : Ne pas couper à travers champs ou talus évite le piétinement des zones sensibles et la destruction d’œufs ou de plantes rares.
  2. Ramasser les déchets — même les siens : Un emballage déposé au creux d’une haie mettra plusieurs années à disparaître. Selon l’ADEME, chaque Français laisse en moyenne 1,5 kg de déchets sauvages par an lors de loisirs de plein air.
  3. Préserver la tranquillité de la faune : D’avril à juin, période de nidification, il est important de garder les chiens en laisse, même sur les chemins connus, pour éviter la dispersion de couvées.
  4. Éviter la cueillette intempestive : Certaines espèces protégées (jonquilles, orchidées sauvages) sont interdites à la cueillette. La préfecture du Morbihan rappelle régulièrement cette interdiction dans ses bulletins nature.
  5. Participer aux chantiers et recensements : S’inscrire à une sortie comptage ou à un “nettoyage de printemps” encadré, c’est agir concrètement pour les milieux, mais aussi apprendre à mieux les connaître.

On le remarque vite sur le terrain : ce sont souvent de simples habitudes, répétées sans ostentation, qui conditionnent la qualité de nos paysages.

La vie locale, moteur de la préservation

Ce qui fait la force de Saint-Barthélemy, ce sont aussi ses habitants, agriculteurs ou néoruraux, qui savent trouver des compromis pour une économie rurale vivante et un patrimoine naturel respecté. La Charte Paysagère intercommunale, signée en 2021 (source : Pontivy Communauté), encourage la plantation de haies et l’entretien de talus pour toutes nouvelles constructions hors agglomération.

  • Près de 70% des exploitants agricoles de la commune pratiquent l’agriculture intégrée ou raisonnée sur au moins une partie de leur surface (DRAAF Bretagne), contribuant à limiter la pression chimique sur les milieux fragiles.
  • Les jardins familiaux et partagés — ouverts à tous sur l’îlot du Parco — favorisent le retour de pollinisateurs et la culture d’espèces anciennes, souvent plus adaptées aux sols de la commune.

L’enracinement des gestes, associé à une vision partagée du paysage, dessine peu à peu une commune accueillante, qui sait garder ses secrets tout en s’ouvrant aux curieux de passage.

Bâtir l’avenir des espaces naturels : perspectives et engagements

Saint-Barthélemy n’est pas un musée, mais un territoire vivant, qui s’adapte et questionne ses pratiques. Les défis à venir sont nombreux : changements climatiques, reconquête des zones humides, lutte contre les espèces invasives (on note la progression du frelon asiatique et de la renouée du Japon sur certains secteurs, FREDON Bretagne).

Maintenir la précieuse mosaïque de milieux naturels passera par une action à plusieurs niveaux : gestion communale raisonnée, implication des écoles, retour du pastoralisme sur certaines prairies, reprise des chantiers participatifs ou encore développement des outils numériques pour signaler les dégradations.

Si chaque promeneur, habitant ou élu s’empare de cette question, alors Saint-Barthélemy continuera d’offrir à la fois discrétion et richesse, ombre fraîche des sous-bois et lumière sur les landes, pour longtemps encore.

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