28/02/2026

Explorer les champignons des bois de Saint-Barthélemy : diversité et secrets d’une promenade en sous-bois

Saint-Barthélemy : des bois discrets, mais une incroyable mosaïque de champignons

Impossible de longer un talus ou d’arpenter les chemins boisés de Saint-Barthélemy, dans le Morbihan, sans croiser l’amateur de cueillette. Ici, le champignon fait partie de l’identité locale, autant que la lande ou la rivière. Les crêtes du Haut-Morbihan, bien qu’épargnées par les grandes forêts, recèlent nombre de bosquets, haies, bois ou simples talus ombragés, où la mycologie est un sport d’automne… mais pas seulement.

Ce guide propose un tour d’horizon des espèces les plus courantes dans la région, des conseils pour bien les reconnaître et quelques histoires glanées auprès des habitués du coin.

Dans quels milieux poussent-ils à Saint-Barthélemy ?

Le Morbihan intérieur, et Saint-Barthélemy en particulier, combine plusieurs paysages propices à la pousse des champignons :

  • Petits bois de feuillus : chênes, châtaigniers, hêtres – parfois en lisière des champs.
  • Zones de conifères : sapinières et pinèdes plantées localement dans les années 1960.
  • Prairies et talus humides : souvent riches en mousses et fougères, idéals pour certaines espèces moins prisées.
  • Haies bocagères : véritables corridors écologiques pour les spores et abris naturels pour une faune discrète.

Les années à automne doux et pluvieux favorisent une abondance qui fait parfois tourner la tête (source : INRAE).

Les espèces vedettes des bois bartholoméens

1. La girolle : l’emblème doré des sous-bois

Impossible de passer à côté de la girolle (Cantharellus cibarius), qui illumine le pied des chênes, bouleaux ou châtaigniers de sa couleur jaune vif. Récoltée traditionnellement entre juin et octobre, elle préfère les sols acides et bien drainés, fréquents ici sur la bande Sud du bourg. La girolle est réputée pour son parfum d’abricot, une chair ferme, et son absence de lames véritable : ce sont de fausses lamelles, épaisses, qui descendent le long du pied.

  • Période de récolte : De mi-juin jusqu’aux gelées, avec une belle poussée après les orages d’été.
  • Usage : Poêlée, omelette, simple tartine à la crème.
  • Répartition : Principalement lisières Est du bois du Guern et sous les châtaigniers du côté de Kerbalanec.

Les années humides, on en trouve parfois par dizaines sur un petit carré de mousse. Attention à ne pas la confondre avec la fausse girolle (Hypholoma spp.), plus pâle, moins odorante, et surtout non comestible.

2. Le cèpe de Bordeaux : star imposante du mois d’octobre

Le cèpe (Boletus edulis) gagne chaque automne le cœur des amateurs. On le reconnaît à sa silhouette trapue, son chapeau brun foncé, et son épais pied blanc moucheté – parfois si large qu’il casse la mousse où il pousse. Assez rare hors des grands massifs, il se plaît tout de même dans le bois de Kéraléguen, plutôt sur sol acide auprès des châtaigniers.

  • Période de récolte : Fin septembre à début novembre, selon la météo.
  • Caractère : Chair croquante, saveur de noisette, idéal en fricassée ou simplement grillé.
  • Fait local : Certains Bartholoméens conservent la première cueillette “porte-bonheur” de la saison, suspendue dans leur cuisine.

Le cèpe est si prisé que, d’après une étude de l’Ouest-France (2022), plus de 60 % des Morbihannais pratiquants espèrent le trouver lors de chaque sortie, même si sa rareté relative préserve la magie de la découverte.

3. La trompette de la mort : le trésor noir du début d’hiver

Autre figure discrète des sous-bois, la trompette de la mort (Craterellus cornucopioides) n’a rien d’inquiétant malgré son nom : c’est même un des meilleurs champignons comestibles. Longue, creuse, gris noir tirant sur le bleu ardoise, on la recherche généralement sous les feuillus, en “ronds” bien groupés prés de la Toussaint.

  • Période de récolte : Octobre à décembre, selon les premières gelées.
  • Préférence : Sous les hêtres du côté de Lann-Plouër et jusqu’au bois du Guern.
  • Usage : Séchée puis réhydratée, elle parfume sauces, farces et risottos.

À noter : il existe, selon la Société Mycologique de France, une “trompette jaune” (Cantharellus lutescens), très voisine, moins fréquente mais parfois présente côté zones très humides.

4. Les bolets “non cèpes” et autres tubes bruns

Sous les résineux ou dans les bois mixtes, divers bolets “rustiques” abondent dès l’été : bolet bai (Imleria badia), bolet jaune (Xerocomellus chrysenteron), bolet subtomentueux… Bon nombre d’entre eux sont comestibles, certains (comme le bolet blafard, Boletus luridus) nécessitant toutefois une cuisson attentive — cru, il peut provoquer des troubles digestifs.

  • Identification : Tendre une serviette blanche sous le champignon, observer si le pied bleuit à la coupe (un bon repère pour certains bolets, parfois comestibles, parfois non !)
  • Astuce : Préférer les sujets jeunes, mais ne cueillir que si l’identification ne laisse aucun doute.
  • Particularité locale : Plusieurs hectares de mixtes châtaigniers-sapins autour de Saint-Barthélemy facilitent des pousses précoces ou tardives selon les années, parfois même jusqu’en juin par printemps humide.

5. La lépiote élevée : “parasol” des clairières

Facile à reconnaître grâce à son grand chapeau marron-clair recouvert d’écailles et à son anneau mobile sur le pied, la lépiote élevée (Macrolepiota procera) peuple clairières, prairies, mais aussi lisières riches en herbes hautes. Imposante – parfois plus de 30 cm de haut –, elle se récolte dès la fin de l’été, souvent en groupes impressionnants.

  • Période de récolte : Août à octobre, sur tous les terrains herbus du pays Bartholoméen.
  • Précaution : Attention à ne pas la confondre avec de petites espèces voisines, car les “petites lépiotes” (Lepiota spp.) peuvent être mortelles.
  • Usage : Découpée en escalopes et poêlée, elle fond en bouche, avec un goût de noisette ou de noix de coco selon certains palais !

D’autres champignons fréquents dans la région

Le tableau ci-dessous synthétise d’autres espèces rencontrées couramment autour de Saint-Barthélemy. Certaines sont nettement moins recherchées, mais intéressantes à observer.

Nom Apparence Comestibilité Période Milieu favori
Russule charbonnière Chapeau gris foncé, lames blanches cassantes Comestible, mais ordinaire Juillet à septembre Lisières fraîches, sol acide
Sanguin (lactaire délicieux) Chapeau orangé, lait orange vif à la cassure Comestible et estimé Fin d’été à novembre Bois de pins, sablonneux
Amanite rougissante Chapeau brun clair, pied renflé, chair rosissant à la coupe Comestible cuite, jamais crue Juin à septembre Feuillus et clairières
Coprin chevelu Chapeau blanc-gris, effilé, lamelles devenant noires Comestible, à consommer très vite Mai à novembre Pâtures, fossés, composts
Trompette jaune Chapeau jaune orangé, en entonnoir Comestible, assez rare ici Octobre à décembre Talus humides, sous feuillus

Périodes de cueillette : les meilleurs moments selon le climat morbihannais

  • Premières pousses : Souvent fin mai à mi-juin pour les morilles (rare) ou premières girolles après orage.
  • Pic de récolte : De mi-septembre à mi-novembre, avec deux à trois “vagues” associées aux grosses pluies suivies de périodes douces.
  • Persistance : Certaines espèces survivent jusqu’en décembre s’il n’y a pas de gel longue durée (cas des trompettes ou du pied de mouton).

Les hivers particulièrement doux relevés depuis la décennie 2010 ont même permis la persistance de pousses atypiques jusqu’aux vacances de Noël selon plusieurs observations partagées sur le groupe Mycologie du Morbihan.

Conseils pratiques : cueillette responsable et sécurité

Avant toute récolte, il convient d’observer quelques règles essentielles :

  1. Ne cueillir que les espèces identifiées sans le moindre doute. Les intoxications sont rares, mais chaque année, plusieurs cas graves sont enregistrés en Bretagne (Source : ANSES).
  2. Respecter les milieux naturels : couper les champignons à la base, sans arracher le mycélium ; ne pas piétiner les jeunes pousses ; éviter les zones fragiles.
  3. Éviter les sacs plastiques : préférer le panier en osier, qui permet aux spores de se disséminer sur le trajet du retour.
  4. Modération : ne prélever que ce qui sera consommé – “on ne cueille pas pour jeter”, principe souvent rappelé par les habitants du cru.
  5. Attention aux lieux privés : demander l’autorisation si la cueillette se fait sur terrains privés, un geste apprécié dans la commune.

Anecdotes & histoires : Saint-Barthélemy et ses secrets mycologiques

La cueillette des champignons fédère : elle rassemble générations, voisins et mêmes inconnus… Plusieurs chemins ruraux servent depuis toujours à ces rencontres spontanées. Les anciens se rappellent encore des récoltes de champignons du temps de l’après-guerre, lorsque la collecte collective permettait de remplir les gamelles des fêtes familiales.

Chaque année, des échanges s’improvisent à la sortie de la messe dominicale ou au marché, mêlant conseils, “bons coins”, ou parfois débats sur les recettes de l’automne.

Fait marquant : en octobre 1998, après un automne exceptionnellement doux et pluvieux, une famille locale récolta plus de 12 kg de cèpes en moins de deux heures du côté de Kergallic, un record oralement transmis mais rarement égalé !

Les champignons des bois bartholoméens sont le témoignage vivant de la biodiversité locale. Ils annoncent les changements de saison, renforcent les liens entre habitants et rappellent combien la nature, même discrète, recèle de surprises pour qui sait ouvrir l’œil… et parfois le panier.

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