28/02/2026
Impossible de longer un talus ou d’arpenter les chemins boisés de Saint-Barthélemy, dans le Morbihan, sans croiser l’amateur de cueillette. Ici, le champignon fait partie de l’identité locale, autant que la lande ou la rivière. Les crêtes du Haut-Morbihan, bien qu’épargnées par les grandes forêts, recèlent nombre de bosquets, haies, bois ou simples talus ombragés, où la mycologie est un sport d’automne… mais pas seulement.
Ce guide propose un tour d’horizon des espèces les plus courantes dans la région, des conseils pour bien les reconnaître et quelques histoires glanées auprès des habitués du coin.
Le Morbihan intérieur, et Saint-Barthélemy en particulier, combine plusieurs paysages propices à la pousse des champignons :
Les années à automne doux et pluvieux favorisent une abondance qui fait parfois tourner la tête (source : INRAE).
Impossible de passer à côté de la girolle (Cantharellus cibarius), qui illumine le pied des chênes, bouleaux ou châtaigniers de sa couleur jaune vif. Récoltée traditionnellement entre juin et octobre, elle préfère les sols acides et bien drainés, fréquents ici sur la bande Sud du bourg. La girolle est réputée pour son parfum d’abricot, une chair ferme, et son absence de lames véritable : ce sont de fausses lamelles, épaisses, qui descendent le long du pied.
Les années humides, on en trouve parfois par dizaines sur un petit carré de mousse. Attention à ne pas la confondre avec la fausse girolle (Hypholoma spp.), plus pâle, moins odorante, et surtout non comestible.
Le cèpe (Boletus edulis) gagne chaque automne le cœur des amateurs. On le reconnaît à sa silhouette trapue, son chapeau brun foncé, et son épais pied blanc moucheté – parfois si large qu’il casse la mousse où il pousse. Assez rare hors des grands massifs, il se plaît tout de même dans le bois de Kéraléguen, plutôt sur sol acide auprès des châtaigniers.
Le cèpe est si prisé que, d’après une étude de l’Ouest-France (2022), plus de 60 % des Morbihannais pratiquants espèrent le trouver lors de chaque sortie, même si sa rareté relative préserve la magie de la découverte.
Autre figure discrète des sous-bois, la trompette de la mort (Craterellus cornucopioides) n’a rien d’inquiétant malgré son nom : c’est même un des meilleurs champignons comestibles. Longue, creuse, gris noir tirant sur le bleu ardoise, on la recherche généralement sous les feuillus, en “ronds” bien groupés prés de la Toussaint.
À noter : il existe, selon la Société Mycologique de France, une “trompette jaune” (Cantharellus lutescens), très voisine, moins fréquente mais parfois présente côté zones très humides.
Sous les résineux ou dans les bois mixtes, divers bolets “rustiques” abondent dès l’été : bolet bai (Imleria badia), bolet jaune (Xerocomellus chrysenteron), bolet subtomentueux… Bon nombre d’entre eux sont comestibles, certains (comme le bolet blafard, Boletus luridus) nécessitant toutefois une cuisson attentive — cru, il peut provoquer des troubles digestifs.
Facile à reconnaître grâce à son grand chapeau marron-clair recouvert d’écailles et à son anneau mobile sur le pied, la lépiote élevée (Macrolepiota procera) peuple clairières, prairies, mais aussi lisières riches en herbes hautes. Imposante – parfois plus de 30 cm de haut –, elle se récolte dès la fin de l’été, souvent en groupes impressionnants.
Le tableau ci-dessous synthétise d’autres espèces rencontrées couramment autour de Saint-Barthélemy. Certaines sont nettement moins recherchées, mais intéressantes à observer.
| Nom | Apparence | Comestibilité | Période | Milieu favori |
|---|---|---|---|---|
| Russule charbonnière | Chapeau gris foncé, lames blanches cassantes | Comestible, mais ordinaire | Juillet à septembre | Lisières fraîches, sol acide |
| Sanguin (lactaire délicieux) | Chapeau orangé, lait orange vif à la cassure | Comestible et estimé | Fin d’été à novembre | Bois de pins, sablonneux |
| Amanite rougissante | Chapeau brun clair, pied renflé, chair rosissant à la coupe | Comestible cuite, jamais crue | Juin à septembre | Feuillus et clairières |
| Coprin chevelu | Chapeau blanc-gris, effilé, lamelles devenant noires | Comestible, à consommer très vite | Mai à novembre | Pâtures, fossés, composts |
| Trompette jaune | Chapeau jaune orangé, en entonnoir | Comestible, assez rare ici | Octobre à décembre | Talus humides, sous feuillus |
Les hivers particulièrement doux relevés depuis la décennie 2010 ont même permis la persistance de pousses atypiques jusqu’aux vacances de Noël selon plusieurs observations partagées sur le groupe Mycologie du Morbihan.
Avant toute récolte, il convient d’observer quelques règles essentielles :
La cueillette des champignons fédère : elle rassemble générations, voisins et mêmes inconnus… Plusieurs chemins ruraux servent depuis toujours à ces rencontres spontanées. Les anciens se rappellent encore des récoltes de champignons du temps de l’après-guerre, lorsque la collecte collective permettait de remplir les gamelles des fêtes familiales.
Chaque année, des échanges s’improvisent à la sortie de la messe dominicale ou au marché, mêlant conseils, “bons coins”, ou parfois débats sur les recettes de l’automne.
Fait marquant : en octobre 1998, après un automne exceptionnellement doux et pluvieux, une famille locale récolta plus de 12 kg de cèpes en moins de deux heures du côté de Kergallic, un record oralement transmis mais rarement égalé !
Les champignons des bois bartholoméens sont le témoignage vivant de la biodiversité locale. Ils annoncent les changements de saison, renforcent les liens entre habitants et rappellent combien la nature, même discrète, recèle de surprises pour qui sait ouvrir l’œil… et parfois le panier.