13/02/2026

Balade printanière : À la découverte des fleurs sauvages de Saint-Barthélemy

Pourquoi les fleurs sauvages ? La richesse botanique du Morbihan

La Bretagne, et en particulier le Morbihan, est une terre de diversité végétale. Sur ses 6 823 km², le département compte plus de 1 200 espèces de plantes vasculaires (Flora Vannetaise). Ces chiffres placent la région parmi les territoires les plus riches en biodiversité florale de France. Saint-Barthélemy, blottie entre ruisseaux, bois, landes et prairies, n’y fait pas exception.

Les fleurs sauvages ici ne sont pas seulement jolies : elles participent à l’équilibre des écosystèmes, offrent de la nourriture aux insectes et portent des usages ou des histoires parfois oubliés. Mais lesquelles remarquer en priorité lors d’une promenade en avril ou en mai ?

Les premières lumières du printemps : primevères et coucous

  • Primevère officinale (Primula veris) C’est la première à pointer ses étoiles jaunes sur les talus bien exposés. Surnommée « coucou », elle s’observe souvent dès la mi-mars, parfois même plus tôt si l’hiver a été doux. Ses fleurs en grappes penchées s’ouvrent au ras de l’herbe. On la retrouve sur les lisières, près des petits bois ou au bord des sentiers un peu humides.
  • Primevère commune (Primula vulgaris) Un ton plus pâle, souvent crème, parfois presque blanc. Elle se distingue par sa fleur isolée, posée presque directement sur la rosette des feuilles. On la repère facilement autour des vieux murs de granite ou dans les jardins en friche. Anecdote : localement, elle était parfois récoltée pour parfumer les premières tisanes du printemps.

Dans les prairies et les talus : violettes, cardamines et ajoncs

  • Violette odorante (Viola odorata) À la sortie de l’hiver, c’est souvent elle qui parfume les talus frais : des petites fleurs mauves, basses, qui se cachent souvent sous les feuilles. Pour la reconnaître, il suffit de baisser le nez : son parfum sucré ne trompe pas. Elle apprécie les sentiers mi-ombragés, les abords des vieux chemins creux, parfois mêlée aux herbes folles.
  • Cardamine des prés (Cardamine pratensis) Parfois appelée « cressonnette », cette plante s’élance dès avril, dressant ses bouquets de fleurs rose pâle ou lilas au-dessus des herbes nouvelles. On la trouve dans les zones fraîches et humides, surtout vers les bords du Sarnez et dans les prairies inondables des Ponts. C'est aussi l'une des toutes premières à attirer les papillons aubes, comme l’aurore (Anthocharis cardamines), dont la chenille se nourrit exclusivement de cette plante (Source : Insectes.org).
  • Ajonc d’Europe (Ulex europaeus) Plus qu’une simple fleur, c’est la signature du printemps bas-breton : partout dans la campagne, ses bouquets d'or illuminent talus, landes et lisières. Peu exigeant, il colonise vite le moindre coin délaissé. Sa floraison s’étend parfois de février à juin, avec un pic en avril. Les abeilles sauvages et bourdons en raffolent.

Les merveilles plus discrètes : orchidées sauvages et pulsatilles

On les croirait rares, presque exotiques, mais plusieurs espèces d’orchidées sauvages fleurissent à Saint-Barthélemy et dans ses environs. Elles sont protégées – il est donc strictement interdit de les cueillir.

  • Orchis bouc (Himantoglossum hircinum) Moins spectaculaire que les orchidées tropicales, pourtant remarquable par sa grande tige et ses grappes de fleurs à l’odeur un peu forte (d’où son nom). Elle s’installe parfois sur des prairies épargnées par les tontes précoces.
  • Ophrys abeille (Ophrys apifera) Sa fleur imite l’insecte pour attirer les pollinisateurs. Observer son élégance et son étrangé beauté est un privilège, puisque quelques stations sont recensées dans le Nord-Morbihan (Sources : Bretagne Vivante, Flora Vannetaise).
  • Pulsatille vulgaire (Pulsatilla vulgaris) Cette espèce, plus rare, présente ses clochettes violettes veloutées sur certains talus secs. Elle affectionne les sols calcaires, ce qui la rend peu fréquente mais précieuse dans le secteur.

Les fleurs de haies et de sous-bois : anémones, alliaires et stellaires

  • Anémone des bois (Anemone nemorosa) Un tapis blanc qui jaillit sous les arbres feuillus, dès les premiers soleils de mars. Les anémones signalent la présence de petits bois anciens, souvent riches en biodiversité. Attention, toute la plante est toxique.
  • Alliaire officinale (Alliaria petiolata) Une plante familière des lisières et des bords de chemin, avec ses petits bouquets blancs et ses feuilles au parfum d’ail. Les jeunes feuilles étaient autrefois incorporées dans des salades printanières, coutume encore pratiquée par quelques cueilleurs prudents.
  • Stellaire holostée (Stellaria holostea) Ses étoiles blanches de 2 cm décorent les haies et fossés. On l’appelle aussi "herbe à la femme battue" – une expression ancienne liée à ses usages médicinaux (Source: Tela Botanica).

Reconnaître quelques espèces remarquables autour de Saint-Barthélemy

Voici, en complément, quelques fleurs moins fréquentes mais représentatives de la richesse locale :

  • Lys martagon (Lilium martagon), rare en Bretagne mais parfois signalé dans le Morbihan, principalement en lisière de forêt sur substrat calcaire.
  • Gentiane amère (Gentiana amarella), qui colore certains fossés de bleu intense en mai, bien que ses populations soient en déclin.
  • Sairie (Centaurea nigra), une centaurée qui attire papillons et abeilles, repérable dans les prairies pauvres, principalement début juin : petite exception à la saison principale, mais elle prépare le terrain des floraisons estivales.

Le calendrier des floraisons : les périodes clés à surveiller

Espèce Période de floraison Métier à repérer près de Saint-Barthélemy
Primevère officinale Mi-mars à mi-mai Talus, lisières
Violette odorante Début mars à fin avril Bords de chemins ombragés
Cardamine des prés Avril à fin mai Prairies humides
Orchidées sauvages Fin avril à début juin Prairies et talus préservés
Anémone des bois Mi-mars à avril Sous-bois anciens
Ajonc d’Europe Février à juin Landes, talus, bords de route

Adopter la bonne attitude : observation, photographie et respect

  • Ne jamais cueillir les espèces protégées : en Bretagne, la plupart des orchidées et gentianes sont protégées par arrêté préfectoral.
  • Prendre le temps de l’observation : une loupe ou quelques minutes d’attention permettent de repérer des détails insoupçonnés sur les pétales, les étamines, les feuilles.
  • Photographier sans déranger : privilégier la lumière du matin. Les smartphones suffisent la plupart du temps et permettent de partager facilement les découvertes avec des associations locales telles que Bretagne Vivante ou Flora Vannetaise.
  • Apprendre à différencier les espèces : certaines fleurs se ressemblent, mais leur habitat ou leur odeur les distingue nettement. Les clés de détermination simples accessibles sur Tela Botanica sont d’une grande aide.

Où et comment les observer à Saint-Barthélemy ?

  • Sentier du Sarnez : à suivre depuis le pont de Kergonan, ce tracé longe prairies humides et sous-bois, propices aux primevères, cardamines et violettes.
  • Vers le bois de Locmenech : petites clairières, haies anciennes et lisières de bois sont idéales pour observer anémones, alliaires et, en mai, peut-être une orchidée délicate.
  • Landes de la Fontaine Saint-Fiacre : l’ajonc y est roi, au côté des ajuga rampants, pulmonaires et potentilles printanières.
  • Autour des hameaux (Kerazan, Kerscosquer) : les vieux talus et chemins bordés de chênes recèlent souvent des trésors floristiques au printemps.

Pour prolonger la découverte…

Le printemps passe vite, mais observer chaque année le réveil floral de Saint-Barthélemy permet de redécouvrir le territoire sous un jour neuf. Beaucoup d’associations et passionnés locaux partagent aussi leurs trouvailles : sorties nature (souvent gratuites ou à prix libre), ateliers de reconnaissance, herbiers collectifs… Renseignez-vous auprès de la mairie ou consultez les panneaux d’affichage en face de l’église : ils recèlent souvent l’annonce d’une balade botanique ou d’un troc de plantes voisin.

La richesse des fleurs sauvages, leur diversité discrète, ne sont pas qu’un décor au printemps dans le Morbihan. Elles sont un appel à la curiosité, à la promenade attentive, peut-être à ralentir pour voir ce que l’on n’aurait pas remarqué hier. Bonnes balades et belles découvertes florales, sur les chemins de Saint-Barthélemy.

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