10/02/2026

Secrets d’écorce : les arbres phares des haies et chemins creux à Saint-Barthélemy (56)

Un paysage hérité des siècles : les haies, richesses du Morbihan

Dans la campagne de Saint-Barthélemy, impossible de prendre un sentier sans longer, sur un bout ou tout un tronçon, une haie touffue ou un chemin creux bordé d’arbres. Ces linéaires verts qui strient les champs racontent, mieux qu’une carte, l’histoire du bocage breton. Mais quelles essences y dominent aujourd’hui, et pourquoi ? La réponse dit beaucoup de la nature locale, mais aussi des choix de ceux qui ont façonné ces paysages génération après génération.

Un chiffre pose le décor : le Morbihan compte encore près de 44 000 kilomètres de haies bocagères (source : Observatoire des haies, 2022). Dans le centre du département, dont fait partie Saint-Barthélemy, ces haies sont souvent denses et très diversifiées, adaptées au climat doux et humide du secteur.

Le chêne, colonne vertébrale du bocage

Le chêne pédonculé (Quercus robur), communément appelé chêne rouvre, s’impose comme la star locale. Il marque de sa silhouette puissante aussi bien les haies que les talus des chemins creux : un arbre repérable à son écorce crevassée et à ses feuilles lobées. Dans certains linéaires, il représente jusqu’à 25 % des arbres de haut jet (étude Chambre d’Agriculture du Morbihan, 2018).

  • Pourquoi est-il si fréquent ? Sa longévité (parfois plus de 400 ans), sa capacité d’adaptation aux sols hydromorphes, et son bois autrefois très recherché.
  • Rôle écologique : habitat pour de nombreux oiseaux, réserve de nourriture (glands) pour les geais et écureuils, microclimat sous sa ramure.

Dans certaines haies anciennes, il n’est pas rare de croiser des chênes têtards, taillés régulièrement pour la production de bois. Leur forme biscornue les trahit : tronc massif, départ de branches en bouquets, silhouettes qui rappellent de petits totems disséminés dans le bocage.

Le hêtre, seigneur de l’ombre, et le charme discret

Le hêtre (Fagus sylvatica) trouve bien sa place dans les haies épaisses, surtout sur les sols plus frais et profonds. On le repère facilement grâce à ses grandes feuilles lustrées, au vert lumineux, et à son écorce lisse, gris argenté.

  • Sa proportion locale : moins fréquent que le chêne, mais localement dominant dans certains talus marquant les fonds de vallée ou lisières de bois.
  • Le charme (Carpinus betulus), d’apparence semblable (surtout l’hiver), se mêle aussi aux linéaires, souvent sous forme d’arbustes ou en proportions modestes.

On le retrouve souvent doublement dans les chemins creux : planté sur les talus pour fixer la terre et offrir une ombre fraîche autrefois précieuse pour le bétail ou les marcheurs.

Noisetiers, houx et aubépines : l’armature des haies vives

Les haies de Saint-Barthélemy ne seraient pas ce qu’elles sont sans la présence de nombreux arbustes qui forment leur ossature, en particulier :

  • Noisetier (Corylus avellana) : omniprésent, parfois sous forme de bosquets denses. Symbole des haies bocagères, il fleurit très tôt (en février !) avec les chatons jaunes bien visibles sur les rameaux nus. C’est une ressource pour la faune (noisettes pour les rongeurs et les oiseaux) et l’homme (jadis utilisé pour les piquets).
  • Prunellier (Prunus spinosa) : il se donne à voir par sa floraison blanche, précoce, couvrant la haie dès la fin de l’hiver, alors que tout est encore gris. Son bois, très dur, servait localement à faire des manches d’outils.
  • Aubépine (Crataegus monogyna) : elle se mêle souvent au prunellier et forme des massifs impénétrables garnis de fruits rouges dès l’automne. Sa longévité et sa résistance la rendent précieuse contre le vent.
  • Houx (Ilex aquifolium) : brise-vent efficace, il laisse toute l’année un vert profond apportant du contraste. Le houx pousse à l’ombre, supporte la taille, et a longtemps été exploité pour la décoration de Noël.

Ces essences « épineuses » ont un double avantage : elles protègent les cultures des animaux divagants, tout en abritant de nombreux passereaux nicheurs (source : LPO Bretagne).

Érables, frênes, sureaux… la diversité cachée

En levant les yeux ou en observant les jeunes pousses, on distingue aussi dans nos cheminements de Saint-Barthélemy une belle diversité complémentaire :

  • Frêne élevé (Fraxinus excelsior) : reconnaissable à ses feuilles composées et à ses bourgeons noirs en hiver. Il aime les bords de rivières et les fonds frais.
  • Érable champêtre (Acer campestre) : il supporte très bien la taille et prend des formes tourmentées, idéales pour donner du relief à une haie.
  • Sureau noir (Sambucus nigra) : très courant dans les parties les plus humides, il donne dès juin de généreuses ombelles blanches, nectar des insectes locaux et ressource alimentaire (baies) pour de nombreux oiseaux.
  • Bouleau verruqueux (Betula pendula) : là où le sol est plus acide, ce pionnier gracile déploie son écorce blanche caractéristique, souvent parmi les premiers à recoloniser un talus ouvert.

À côté de ces vedettes, on croise régulièrement chèvrefeuilles, charmes, sorbiers ou ronces, tous jouant un rôle écologique majeur. Selon une enquête menée en 2019 par le Conseil départemental du Morbihan, une seule haie mature peut héberger jusqu’à 18 essences ligneuses différentes : un concentré de biodiversité qui rivalise parfois avec de véritables petits bois.

Chemins creux : ces galeries vivantes

Les chemins creux du pays de Pontivy et de la vallée du Blavet, dont Saint-Barthélemy fait partie, sont des tunnels végétaux creusés dans le temps par les sabots, les roues, puis les randonneurs. La végétation y joue un double rôle : fixer les talus et favoriser humus et fraîcheur. On y retrouve donc souvent une dominance du :

  • Hêtre et chêne, formant de véritables voûtes sombres par leur enchevêtrement.
  • Charme et houx dans les talus humides et ombragés.
  • Frêne et sureau dans les fonds les plus frais.
  • Noisetier et aubépine en frange, fournissant couvert et nourriture à la faune qui circule entre champs et sous-bois.

Il n’est pas rare de voir d’anciens erables ou chênes centenaires, témoins d’un passé où chaque arbre avait sa fonction : repère, abri, source de bois, ou simple marqueur de propriété.

Pourquoi autant de diversité ? Un choix naturel, agricole et culturel

Si la diversité structurelle des haies de Saint-Barthélemy frappe le promeneur, ce n’est pas un hasard. Plusieurs facteurs expliquent cette richesse :

  • Climat adouci : la douceur du Golfe du Morbihan limite le gel et favorise de nombreuses essences caduques et persistantes.
  • Histoire agricole : la valorisation du bois, des fruits, ou des ressources pour le bétail a encouragé les plantations mixtes. Le choix d’un arbre se faisait autant pour son utilité que pour ses qualités ornementales ou écologiques.
  • Gestion durable : la taille régulière (recépage, têtard) favorisait la repousse, ralentissait le vieillissement, et multipliait les niches écologiques.

Aujourd’hui encore, de nombreux agriculteurs, communes ou associations plantent ou entretiennent de nouvelles haies favorisant la biodiversité, souvent en mêlant essences locales et variétés résistantes aux maladies récentes (exemple : choix du charme pour limiter la propagation du chancre sur le frêne).

Reconnaître les haies par la saison : un plaisir d’observation

Chaque saison offre des marqueurs pour identifier les essences :

  • Hiver : silhouettes nues des chênes et charmes, lignées de houx vert sombre, chatons précoces de noisetiers.
  • Printemps : explosion de fleurs chez le prunellier et l’aubépine, bourgeons du hêtre qui éclairent les talus.
  • Été : grappes sombres du sureau, feuillage dense du chêne et hêtre, ombres fraîches sur les chemins creux.
  • Automne : pluie de glands et de noisettes, fruits rouges de l’aubépine, feuillages mordorés des érables, houppiers dénudés qui révèlent les architectures des haies après la chute des feuilles.

Un jeu simple : au fil de chaque balade, tentez de recenser les essences rencontrées. L’Atlas de la flore de Bretagne signale plus de 60 espèces d’arbres et arbustes potentiels dans le bocage morbihannais (Bretagne Environnement).

Le bocage vivant, garde-mémoire et allié de demain

Connaître les arbres et arbustes de nos haies, c’est entrer dans l’intimité d’un terroir façonné patiemment, mais toujours en mouvement. Les chemins creux et talus de Saint-Barthélemy portent cette histoire dans chaque feuille, chaque écorce : le grand chêne qui traverse les siècles, le noisetier qui se renouvelle chaque printemps, l’aubépine qui défie le vent. Leur diversité, loin d’être purement décorative, protège les sols, favorise la biodiversité et rapproche l’homme de la nature locale. Observer les essences des haies, c’est déjà voyager sans quitter son chemin.

Pour aller plus loin : le Portail Bocage de Bretagne propose un panorama complet des espèces bretonnes et des enjeux de leur conservation.

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