29/01/2026

Plumes et couleurs : les oiseaux typiques de Saint-Barthélemy

Un paysage entre landes, rivières et villages : le terrain de jeu des oiseaux

Dans le Morbihan intérieur, Saint-Barthélemy est un petit pays de hameaux, de champs ouverts, de haies bocagères, de boisements discrets et de vallées humides dessinées par le Tarun, l’Evel, ou de plus modestes ruisseaux. Cette diversité géographique très marquée fait le bonheur d’une grande variété d’oiseaux. Ici, il ne s’agit pas d’espèces exotiques ni rares qui attirent les foules mais bien de la richesse discrète d’un territoire rural, façonné par l’agriculture et le temps.

L’avifaune – le terme est un peu savant mais il veut simplement dire : les oiseaux vivant sur un territoire donné – reflète toute cette diversité. Promenade sur les chemins creux, pause sur une berge, observation d’une vieille grange ou d’une prairie fleurie : les oiseaux accompagnent chaque instant, à qui prend le temps de les voir.

Des espèces familières… mais pas toujours si banales

Saint-Barthélemy abrite en premier lieu les oiseaux du bocage, ce paysage typique du centre Bretagne, mêlant haies, petits bois et cultures. Voici quelques résidents incontournables :

  • Le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) – Quasiment présent toute l’année, il aime les bosquets, les lisières et les jardins. Son chant cristallin résonne tôt au printemps. Selon l’Observatoire national de la biodiversité, la Bretagne compte plus de 100 000 couples nicheurs (Bretagne Vivante).
  • Le Merle noir (Turdus merula) – Impossible à manquer aux abords des chemins, ce virtuose du matin se nourrit dans les pelouses, les prairies, parfois téméraire près des maisons.
  • La Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) – Plus discrète, mais abondante dans les haies, elle est surnommée « rossignol de Bretagne » en raison de son chant riche (l’espèce est donnée pour 80 à 110 couples nicheurs par km² dans les campagnes bretonnes, source LPO).
  • Le Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes) – Ce minuscule oiseau, presque toujours en mouvement, affectionne les recoins moussus et les jardins peu entretenus.
  • Les mésanges (Mésange charbonnière, bleue, nonnette…) – À elles seules, elles animent tous les bosquets. Selon une étude menée en 2023 par l’ONG Oiseaux de Bretagne, la population des mésanges bleues reste stable dans nos campagnes, alors que la mésange charbonnière connaît un léger recul dans le sud du Morbihan lié à la coupe de certains vieux arbres (Oiseaux Bretagne).

Beaucoup de ces oiseaux sont dits « communs », mais chacun possède une histoire locale. Par exemple, dans les hameaux autour du Vieux Bourg, le rougequeue noir niche dans les anfractuosités des vieilles pierres dès la fin mars ; le chardonneret élégant, autrefois piégé pour être mis en cage, est aujourd’hui protégé et souvent visible sur les bords de routes fleuris.

Des oiseaux d’eau et de zone humide : habitants discrets des vallées

Les cours d’eau de Saint-Barthélemy et leurs zones humides associées hébergent leur propre population ailée :

  • L’Héron cendré (Ardea cinerea) – Silhouette majestueuse, souvent solitaire, il guette sur les berges de l’Evel. Selon les listes d’observation du département, le nombre d’individus est stable avec quelques couples nicheurs recensés chaque année dans la commune depuis 2019.
  • La Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla cinerea) – Cette grande amatrice d’insectes anime les berges avec son vol rapide et ses hochements de queue. Souvent confondue avec sa cousine la bergeronnette grise, elle préfère pourtant les sons clairs des petits ruisseaux.
  • La Bouscarle de Cetti (Cettia cetti) – Oiseau secret, dont le chant explosif trahit la présence, elle est assez récente dans le paysage morbihannais (arrivée signalée dans les années 1980 selon Faune-Bretagne).
  • Le Martin-pêcheur d’Europe (Alcedo atthis) – L’un des joyaux des rivières locales. Sa petite taille et son vol éclaire bleu électrique rendent chaque observation inoubliable. À noter, le martin-pêcheur figure sur la liste rouge de l’IUCN Bretagne comme espèce « sous surveillance » dans le Morbihan (UICN Bretagne).

On citera aussi le canard colvert, le rale d’eau, et, en hiver, le cincle plongeur – un oiseau que l’on confond volontiers avec une grosse boule sombre, à l’exception de sa tache blanche sur le poitrail, et qui plonge dans le courant des ruisseaux. Il hiverne régulièrement sur l’Evel, mais disparaît dès la fin mars.

Habitants des champs : entre moissons et chasse aux insectes

Autour des villages et jusque dans les grands espaces ouverts de Saint-Barthélemy, on croise des oiseaux typiques des cultures :

  • L’Alouette des champs (Alauda arvensis) – Célèbre pour son chant montant en spirale dans le ciel, elle est aujourd’hui en déclin en France, victime notamment de la raréfaction des prairies naturelles (–32 % de la population nationale depuis 1989 d’après le Muséum national d’Histoire naturelle).
  • La Linotte mélodieuse (Linaria cannabina) – Surtout visible au printemps sur les clôtures ou les fils électriques, la linotte niche dans les haies épineuses autour des cultures.
  • L’Hirondelle rustique (Hirundo rustica) – Arrivée en général dès avril, elle installe ses nids dans les étables, garages et granges. Malgré une légère reprise de la population bretonne ces dernières années, la diminution des insectes la rend vulnérable.
  • Le Bruant jaune (Emberiza citrinella) – Encore commun à Saint-Barthélemy, mais moins fréquent à l’échelle nationale. Son chant, une sorte de sifflement suivi d’un trille, rythme les fins d’après-midi en lisière de village.

Certaines années, la pie-grièche écorcheur fait également son apparition à la belle saison dans les prairies riches en arbrisseaux épineux, où elle accroche ses proies.

Où observer ces oiseaux à Saint-Barthélemy ?

La commune propose plusieurs lieux idéaux pour la découverte des oiseaux :

  • Le circuit de la vallée du Tarun : Des berges et prairies humides, accès à des points d’observation pour hirondelles, bergeronnettes, hérons.
  • Le bois de Kergonan : Refuges parfaits pour la mésange nonnette, la fauvette, et parfois le pic épeiche (rare, mais signalé par plusieurs randonneurs en 2021 et 2022 selon Bretagne Vivante).
  • Près du plan d’eau du Vieux Bourg (Létourneux) : Canards, gallinacés, hérons, et martins-pêcheurs en fin d’été ou début d’automne, lors des passages migratoires.
  • Les chemins vers Kersimon et la lande de Coët Cadio : Alouettes, linottes, et parfois passage d’oiseaux de passage (grives, parfois busards).

Un observatoire ornithologique amateur s’est constitué informellement à Saint-Barthélemy autour de bénévoles (source : discussions avec les associations naturelles départementales), qui transmettent chaque année les listes d’espèces aux réseaux régionaux comme Faune Bretagne.

Histoires d’oiseaux : anecdotes et saisons

Chants du soir et de l’aube : une bande-son locale

La diversité des chants permet à chacun d’identifier les espèces avant même de les voir. Par exemple, en mai, le soir venu, le merle noir et la fauvette à tête noire se répondent depuis les haies du bourg, tandis que la chouette effraie, invisible en plein jour, hante souvent les clochers et les greniers inoccupés.

À l’aube, c’est la mésange charbonnière qui, dès 5h30 au printemps, amorce le « concert du bocage ». L’alouette, elle, chante jusqu’au plein été, quand les cultures sont hautes.

L’impact de l’agriculture locale et des pratiques sur l’avifaune

À Saint-Barthélemy, la présence persistante du bocage protège quantité d’oiseaux. Cependant, plusieurs espèces sont en net recul : la perdrix grise, jadis commune, a quasiment disparu, tout comme la caille des blés. Les haies entretenues, les zones humides non asséchées, et les cultures peu polluées favorisent la survie de nombreux passereaux.

Bonne nouvelle, le regain de l’élevage à petite échelle et la création de zones de repos ou de bandes fleuries jouent depuis quelques années en faveur de l’hirondelle rustique, du bruant jaune, de la linotte. À noter aussi l’installation de nichoirs dans quelques fermes et écoles du village, permettant d’observer leur efficacité sur le long terme : à l’école du centre-bourg, par exemple, huit mésanges bleues ont été baguées et relâchées en 2023.

Enfin, une anecdote locale sympathique : en 2021, une grive litorne a été observée près du plan d’eau de Létourneux, un oiseau rare pour la commune et qui migre d’ordinaire plus à l’est ; mais le froid exceptionnel de février l’a poussée vers la Bretagne (source LPO Morbihan, 2022).

Conseils pour les observateurs amateurs

  • Patience : rien ne vaut la discrétion et l’attente pour profiter de belles observations.
  • Respect des lieux : rester sur les sentiers, éviter le dérangement durant la période de nidification (mars à juillet).
  • Paire de jumelles utile : même un modèle basique révèle une foule de détails.
  • Bloc-notes ou application mobile : pour noter chants, comportements ou apparitions insolites.
  • Périodes idéales :
    • Début du printemps pour l’arrivée des migrateurs : hirondelles, fauvettes, pouillots.
    • Automne pour les oiseaux de passage et les rassemblements de passereaux.

Un patrimoine vivant à découvrir toute l’année

La richesse ornithologique de Saint-Barthélemy se dévoile au fil des saisons et des chemins. Pour qui sait ouvrir l’œil (et l’oreille), chaque promenade réserve sa surprise : la fauvette qui chante dans la brume, l’hirondelle qui rase la rivière, ou ce héron solitaire immobile qui surgit d’un méandre au détour d’un sentier. Observer les oiseaux locaux, c’est redécouvrir un patrimoine, vivre au rythme du paysage, et parfois, apprendre à mieux protéger ce qui fait le cœur de notre campagne morbihannaise.

Pour ceux que le sujet intéresse ou qui souhaitent participer à des sorties ornithologiques, des liens utiles :

Que l’on soit expert, curieux, promeneur du dimanche ou simple habitant, la découverte des oiseaux est à la portée de chacun, dans une nature partagée.

Pour aller plus loin