20/08/2025

Secrets d’antan : à la découverte des puits, fours à pain et dépendances dans les hameaux bretons

Quand le quotidien se dessinait autour du puits

Le puits n’a jamais été qu’une simple source d’eau. Longtemps, il a rythmé la vie de la communauté. Dans les hameaux de Saint-Barthélemy et des campagnes alentours, chaque famille possédait un puits, parfois partagé entre plusieurs foyers. On estime qu’au début du XXe siècle, il y avait plus de 150 000 puits en Bretagne (source : Archives départementales d’Ille-et-Vilaine).

Aller puiser l’eau, c’était une corvée quotidienne. Mais c’était aussi un moment pour échanger des nouvelles, apprendre les dernières histoires ou surveiller les petits qui se glissaient à l’ombre du seau suspendu. Dans beaucoup de villages, le puits était situé au centre du hameau, tel un point de ralliement. Leur construction variait : certains étaient creusés à la main jusqu’à dix ou quinze mètres de profondeur. On recouvrait l’ouverture d’une margelle en granit, souvent taillée localement, et les plus anciens portaient parfois une date gravée dans la pierre.

  • Utilités multiples : outre l’eau potable, le puits servait aussi à abreuver les bêtes, laver le linge et, parfois, arroser les jardins.
  • Symbolique forte : dans certaines familles bretonnes, un puits « qui donne bien » était vu comme un signe de prospérité.
  • Anecdote : lors de la grande sécheresse de 1976, les anciens racontent que certains hameaux de Morbihan ont vu leur puits s’épuiser et qu’il fallut alors s’organiser pour aller chercher de l’eau à plusieurs kilomètres.

Encore visibles aujourd’hui, ces puits rappellent un mode de vie centré sur l’autonomie, mais aussi la solidarité. Quelques-uns ont aujourd’hui une nouvelle vie, transformés en fontaines décoratives ou restaurés dans un esprit patrimonial. Leurs techniques de construction et d’entretien nous parlent, indirectement, du savoir-faire des maçons d’autrefois (Patrimoine.bzh).

Le four à pain : l’âme du hameau

Petit édifice trapu, parfois caché sous un figuier, le four à pain a longtemps été le cœur du foyer, bien plus qu’un simple appareil culinaire. À Saint-Barthélemy comme ailleurs en Bretagne, le four familial ou partagé n’aurait jamais pu être oublié : il signalait une maison « vivante ». Dès le XVIe siècle, les fours à pain se multiplient dans les campagnes bretonnes, portés par les besoins d’autosuffisance des familles.

La tradition voulait que le pain se fasse à la maison, rarement plus d’une ou deux fois par semaine. Autour du four, on se donnait rendez-vous pour préparer la fournée : pétrir, façonner, enfourner, surveiller, retirer le pain doré. Ce moment réunissait jeunes et moins jeunes, surtout lors des « coupes de pain » où un village entier se relaya.

  • Un four pouvait produire jusqu’à 60 pains de 2 kilos chacun en une seule cuisson lorsqu’on cuisinait pour un hameau entier.
  • La tradition bretonne voulait que le premier pain de la fournée soit offert à un voisin ou à un pauvre de passage.
  • La fête du pain, encore célébrée dans certaines communes du Morbihan, perpétue aujourd’hui cette convivialité autour du four à pain communal.

Les fours eux-mêmes sont de beaux objets d’architecture. Montés en pierre – principalement granit, schiste ou moellons de rivière – ils comportent une voûte intérieure en briques réfractaires, parfois rapportées de loin. Le toit, souvent couvert d’ardoises, prolonge leur silhouette au ras du sol. On reconnaît les fours anciens à leurs abords : sol damé, tas de bois à proximité, parfois un vieux banc de granit. Certains possèdent encore leurs outils d’origine : pelles ou râteaux à enfourner. Leur restauration rencontre aujourd’hui un bel engouement, comme en témoignent plusieurs chantiers dans les alentours de Pontivy ou Pluméliau (Région Bretagne).

Dépendances : l’art discret de s’organiser

À côté de la maison principale, chaque propriété abritait un petit monde de dépendances : granges, étables, soues à cochons, abris à outils. Chacune avait un usage précis et répondait à une nécessité du quotidien rural. Ces annexes, loin d’être « accessoires », permettaient à la famille de vivre en quasi-autarcie.

  • La grange : capital pour le stockage du foin ou des récoltes de céréales ; souvent la plus grande dépendance après la maison d’habitation.
  • La soue à cochons : elle donnait souvent directement sur la cour, preuve de l’importance de l’élevage du cochon dans l’alimentation bretonne. Il n’était pas rare de trouver plusieurs soues côte à côte, destinées à chaque famille du hameau.
  • Le cellier : c’est là que l’on conservait pommes, pommes de terre, cidre ou eau-de-vie. Ces espaces, semi-enterrés, profitaient de la fraîcheur pour limiter la pourriture ou le gel.
  • L’abri à charrette ou à outil : appuyé contre un pignon, il abritait tous les instruments de la vie agricole, du simple râteau à la grande charrue.

Entre 1890 et 1950, dans un rayon de 5 km autour de Saint-Barthélemy, recensés lors des inventaires de la Mission du patrimoine (INRAP), plus de 60 % des hameaux comportaient au moins trois dépendances différentes (INRAP, 2022). Nombre d’entre elles furent transformées au fil du XXe siècle pour de nouveaux usages : garages, ateliers d’artisan, lieux de fêtes improvisées, ou encore petits musées privés.

Petites histoires, grandes anecdotes : la vie des hameaux à travers ses bâtis

Ce sont aussi des histoires personnelles qui se glissent derrière ces murs. Témoin ce four à pain de Kermelin, qui a servi d’abri à des villageois pendant la Libération, ou ce puits de Roc’h-Goh, dont la rumeur locale dit qu’il a permis de sauver la récolte d’un été de canicule. Les dépendances devenaient parfois les coulisses des histoires de vie : les enfants s’y cachaient, les amoureux s’y retrouvaient, les anciens y planifiaient les travaux collectifs du printemps.

  • Légendes et superstitions : creuser un puits ou bâtir un four menaient souvent à des rituels, pour « éloigner le mauvais œil ». Jeter une pièce dans le puits, ou suspendre un fer à cheval à l’entrée de la dépendance, sont des gestes qui perdurent parfois.
  • Solidarité et mutualisation : dans certains hameaux, l’usage du four à pain ou des dépendances restait collectif, chacun participant à l’entretien. Il n’était pas rare d’organiser des « corvées » pour réparer le toit d’un cellier ou nettoyer le puits.
  • Biodiversité cachée : avec le temps, ces bâtis sont devenus de véritables refuges pour la faune locale (hérissons, chauves-souris, chouettes). Prés de 23 espèces d’animaux protégés vivent aujourd’hui dans ou autour des ruines de dépendances abandonnées autour de Saint-Barthélemy (source : LPO Bretagne).

Préserver cette mémoire rurale : enjeux et perspectives

De nombreux puits, fours ou dépendances ont disparu sous les assauts du temps. Pourtant, un mouvement de réhabilitation est en cours partout en Bretagne. A Saint-Barthélemy, plusieurs particuliers ont entrepris de remettre en valeur ces éléments de patrimoine. La restauration est parfois soutenue par les collectivités locales ou des associations telles que « Les amis des fours à pain » (France Bleu).

  • Des subventions peuvent être allouées pour la restauration de ces biens ruraux selon leur état et leur valeur patrimoniale.
  • Des ateliers pédagogiques sont proposés dans le Morbihan pour transmettre les techniques de reconstruction de four ou de margelle de puits.
  • Certains circuits de randonnée locaux (ex : le circuit des fours à pain de Bieuzy-Lanvaux) permettent de découvrir plusieurs de ces bâtis en contexte.

Préserver ces petits patrimoines, c’est à la fois sauver une mémoire collective, encourager la vie de village et continuer à transmettre des savoirs oubliés aux nouvelles générations. Lorsque le regard s’arrête sur un puits moussu, un vieux four couvert de lichen ou une dépendance au toit affaissé, c’est tout un héritage qui réapparaît au détour d’un sentier.

Invitation à découvrir les trésors cachés du Morbihan rural

Si vous parcourez les hameaux de Saint-Barthélemy ou des environs, ouvrez l’œil : chaque puits, chaque four à pain, chaque dépendance vous racontera une facette différente de la vie d’autrefois. D’un simple détail gravé à la façon dont la pierre a traversé les âges, c’est tout le génie pratique et solidaire de la Bretagne rurale qui s’offre au promeneur.

Dans leur simplicité robuste, ces bâtis sont bien vivants. Ils témoignent d’une époque pas si lointaine où l’on puisait, partageait, organisait, et surtout où l’on veillait aux liens entre personnes autant qu’aux richesses de la terre. Prendre le temps de s’arrêter devant ces témoins du passé, c’est aussi rendre hommage à la discrète poésie des hameaux, au fil des saisons.

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