20/08/2025
Le puits n’a jamais été qu’une simple source d’eau. Longtemps, il a rythmé la vie de la communauté. Dans les hameaux de Saint-Barthélemy et des campagnes alentours, chaque famille possédait un puits, parfois partagé entre plusieurs foyers. On estime qu’au début du XXe siècle, il y avait plus de 150 000 puits en Bretagne (source : Archives départementales d’Ille-et-Vilaine).
Aller puiser l’eau, c’était une corvée quotidienne. Mais c’était aussi un moment pour échanger des nouvelles, apprendre les dernières histoires ou surveiller les petits qui se glissaient à l’ombre du seau suspendu. Dans beaucoup de villages, le puits était situé au centre du hameau, tel un point de ralliement. Leur construction variait : certains étaient creusés à la main jusqu’à dix ou quinze mètres de profondeur. On recouvrait l’ouverture d’une margelle en granit, souvent taillée localement, et les plus anciens portaient parfois une date gravée dans la pierre.
Encore visibles aujourd’hui, ces puits rappellent un mode de vie centré sur l’autonomie, mais aussi la solidarité. Quelques-uns ont aujourd’hui une nouvelle vie, transformés en fontaines décoratives ou restaurés dans un esprit patrimonial. Leurs techniques de construction et d’entretien nous parlent, indirectement, du savoir-faire des maçons d’autrefois (Patrimoine.bzh).
Petit édifice trapu, parfois caché sous un figuier, le four à pain a longtemps été le cœur du foyer, bien plus qu’un simple appareil culinaire. À Saint-Barthélemy comme ailleurs en Bretagne, le four familial ou partagé n’aurait jamais pu être oublié : il signalait une maison « vivante ». Dès le XVIe siècle, les fours à pain se multiplient dans les campagnes bretonnes, portés par les besoins d’autosuffisance des familles.
La tradition voulait que le pain se fasse à la maison, rarement plus d’une ou deux fois par semaine. Autour du four, on se donnait rendez-vous pour préparer la fournée : pétrir, façonner, enfourner, surveiller, retirer le pain doré. Ce moment réunissait jeunes et moins jeunes, surtout lors des « coupes de pain » où un village entier se relaya.
Les fours eux-mêmes sont de beaux objets d’architecture. Montés en pierre – principalement granit, schiste ou moellons de rivière – ils comportent une voûte intérieure en briques réfractaires, parfois rapportées de loin. Le toit, souvent couvert d’ardoises, prolonge leur silhouette au ras du sol. On reconnaît les fours anciens à leurs abords : sol damé, tas de bois à proximité, parfois un vieux banc de granit. Certains possèdent encore leurs outils d’origine : pelles ou râteaux à enfourner. Leur restauration rencontre aujourd’hui un bel engouement, comme en témoignent plusieurs chantiers dans les alentours de Pontivy ou Pluméliau (Région Bretagne).
À côté de la maison principale, chaque propriété abritait un petit monde de dépendances : granges, étables, soues à cochons, abris à outils. Chacune avait un usage précis et répondait à une nécessité du quotidien rural. Ces annexes, loin d’être « accessoires », permettaient à la famille de vivre en quasi-autarcie.
Entre 1890 et 1950, dans un rayon de 5 km autour de Saint-Barthélemy, recensés lors des inventaires de la Mission du patrimoine (INRAP), plus de 60 % des hameaux comportaient au moins trois dépendances différentes (INRAP, 2022). Nombre d’entre elles furent transformées au fil du XXe siècle pour de nouveaux usages : garages, ateliers d’artisan, lieux de fêtes improvisées, ou encore petits musées privés.
Ce sont aussi des histoires personnelles qui se glissent derrière ces murs. Témoin ce four à pain de Kermelin, qui a servi d’abri à des villageois pendant la Libération, ou ce puits de Roc’h-Goh, dont la rumeur locale dit qu’il a permis de sauver la récolte d’un été de canicule. Les dépendances devenaient parfois les coulisses des histoires de vie : les enfants s’y cachaient, les amoureux s’y retrouvaient, les anciens y planifiaient les travaux collectifs du printemps.
De nombreux puits, fours ou dépendances ont disparu sous les assauts du temps. Pourtant, un mouvement de réhabilitation est en cours partout en Bretagne. A Saint-Barthélemy, plusieurs particuliers ont entrepris de remettre en valeur ces éléments de patrimoine. La restauration est parfois soutenue par les collectivités locales ou des associations telles que « Les amis des fours à pain » (France Bleu).
Préserver ces petits patrimoines, c’est à la fois sauver une mémoire collective, encourager la vie de village et continuer à transmettre des savoirs oubliés aux nouvelles générations. Lorsque le regard s’arrête sur un puits moussu, un vieux four couvert de lichen ou une dépendance au toit affaissé, c’est tout un héritage qui réapparaît au détour d’un sentier.
Si vous parcourez les hameaux de Saint-Barthélemy ou des environs, ouvrez l’œil : chaque puits, chaque four à pain, chaque dépendance vous racontera une facette différente de la vie d’autrefois. D’un simple détail gravé à la façon dont la pierre a traversé les âges, c’est tout le génie pratique et solidaire de la Bretagne rurale qui s’offre au promeneur.
Dans leur simplicité robuste, ces bâtis sont bien vivants. Ils témoignent d’une époque pas si lointaine où l’on puisait, partageait, organisait, et surtout où l’on veillait aux liens entre personnes autant qu’aux richesses de la terre. Prendre le temps de s’arrêter devant ces témoins du passé, c’est aussi rendre hommage à la discrète poésie des hameaux, au fil des saisons.