20/01/2026
Dans les ruelles calmes de Saint-Barthélemy, la nature n’est jamais bien loin. Un verger derrière un vieux muret, une haie bocagère qui borde un chemin, le ballet silencieux des hirondelles au printemps… Ces scènes peuvent sembler banales – et pourtant, elles sont au cœur d’une mission essentielle : préserver un vivant fragile et précieux. Car ici, dans le Morbihan, la biodiversité s’exprime autant dans les grands espaces que dans chaque jardin, dans les landes comme sur les pelouses familiales.
Selon l’Office français de la biodiversité, la Bretagne a compté, entre 1990 et 2022, près de 200 espèces menacées rien que parmi les oiseaux, insectes, amphibiens ou plantes (OFB Bretagne). Dans ce contexte, les habitants prennent une place de choix pour inverser la tendance. Mais comment, au juste, participent-ils à cette sauvegarde ? Entre actions discrètes et initiatives plus collectives, le quotidien à Saint-Barthélemy illustre à merveille cette implication.
Beaucoup de gestes en faveur de la biodiversité se font tout simplement : on laisse pousser des herbes folles contre la clôture, on privilégie les essences locales lors de la plantation d’un arbre, on évite de couper les haies avant la fin de l’été… Même si chacun ne revendique pas son engagement, ces choix font la différence sur le temps long.
Au fil des années, l’engagement individuel s’est aussi transformé en un mouvement plus collectif. Plusieurs actions ponctuent la vie de la commune, et donnent l’exemple.
Depuis 2020, la commune a organisé au moins deux grandes journées de plantations participatives, permettant la création ou la restauration de plus de 500 mètres linéaires de haies champêtres en deux saisons. Ces haies servent de refuge pour les oiseaux, petits mammifères, papillons… mais aussi de corridors écologiques entre différents espaces. Une haie bocagère typique peut abriter jusqu’à 80 espèces animales selon le réseau Bretagne Vivante.
Quelques habitants, regroupés en association ou en simples voisins, œuvrent à la restauration de mares rurales. Ces « petites oasis » abritent des tritons, des libellules rares, des plantes aquatiques précieuses. Au niveau régional, près de 70% des zones humides ont disparu en un siècle (source : CRESEB, 2023), mais à Saint-Barthélemy, plusieurs mares perdues ont été récemment redécouvertes puis entretenues, avec l’appui de la commune ou de bénévoles.
Les trocs de graines – de vieux haricots locaux aux variétés de dahlias échangées entre voisins – font aussi vivre la biodiversité cultivée. Préserver les semences paysannes et reproductibles, c’est aussi sauvegarder un patrimoine génétique local, alors que, selon le réseau Semences Paysannes, 75% de la diversité agricole mondiale a disparu en un siècle.
L’engagement passe aussi par la curiosité. À Saint-Barthélemy, les balades nature organisées par des associations, mais aussi l’utilisation de guides ou d’applications comme INPN Espèces (du Muséum national d’Histoire naturelle) permettent aux enfants comme aux adultes d’identifier oiseaux, plantes ou insectes. Cette connaissance, à portée de main, change souvent le regard.
Une initiative locale, lancée avec les écoles, propose depuis 2022 un « inventaire de la biodiversité du village » : chaque élève, muni d’un carnet, observe et note les insectes rencontrés dans le jardin familial ou sur le chemin de l’école. En 2023, plus de 90 espèces ont été listées sur l’ensemble du territoire communal, un véritable tableau vivant.
La force de l’engagement local, c’est aussi le lien avec des associations ou des réseaux. À Saint-Barthélemy et dans les alentours, plusieurs acteurs jouent un rôle moteur :
La sauvegarde de la biodiversité ne relève pas (seulement) du grand geste, du militantisme ou de l’action institutionnelle. À Saint-Barthélemy, elle se tisse par de multiples choix quotidiens, et chacun peut s’en saisir à son échelle.
En transformant peu à peu les jardins, les chemins, les habitudes, les habitants de Saint-Barthélemy donnent corps à un territoire vivant, où la nature n’est pas qu’un décor. Depuis dix ans, la région Bretagne connaît un rebond encourageant de certaines espèces, à l’image du Milan royal qui niche à nouveau régulièrement dans le Morbihan (source : Observatoire Bretagne Vivante 2023). Rien n’est jamais gagné, la vigilance reste de mise, et la biodiversité a plus que jamais besoin de l’attention de chacun.
Et si, au fond, c’était cette mosaïque de gestes simples, de rencontres, d’initiatives partagées, qui tissait la plus belle des alliances entre habitants et nature ? Saint-Barthélemy montre à sa façon qu’il n’est pas forcément besoin de faire grand bruit pour faire bouger les choses. Il suffit d’ouvrir l’œil, de prêter l’oreille, et d’agir… un peu chaque jour.