20/01/2026

Sauvegarder la biodiversité à Saint-Barthélemy : initiatives, petits gestes et engagement collectif

La biodiversité, un trésor local à préserver

Dans les ruelles calmes de Saint-Barthélemy, la nature n’est jamais bien loin. Un verger derrière un vieux muret, une haie bocagère qui borde un chemin, le ballet silencieux des hirondelles au printemps… Ces scènes peuvent sembler banales – et pourtant, elles sont au cœur d’une mission essentielle : préserver un vivant fragile et précieux. Car ici, dans le Morbihan, la biodiversité s’exprime autant dans les grands espaces que dans chaque jardin, dans les landes comme sur les pelouses familiales.

Selon l’Office français de la biodiversité, la Bretagne a compté, entre 1990 et 2022, près de 200 espèces menacées rien que parmi les oiseaux, insectes, amphibiens ou plantes (OFB Bretagne). Dans ce contexte, les habitants prennent une place de choix pour inverser la tendance. Mais comment, au juste, participent-ils à cette sauvegarde ? Entre actions discrètes et initiatives plus collectives, le quotidien à Saint-Barthélemy illustre à merveille cette implication.

Des habitants qui agissent, souvent sans le dire

Beaucoup de gestes en faveur de la biodiversité se font tout simplement : on laisse pousser des herbes folles contre la clôture, on privilégie les essences locales lors de la plantation d’un arbre, on évite de couper les haies avant la fin de l’été… Même si chacun ne revendique pas son engagement, ces choix font la différence sur le temps long.

  • Jardiner sans pesticides : D’après une étude de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne en 2022, l’usage de produits phyto-sanitaires a diminué de 28% en 5 ans chez les particuliers bretons, grâce à la sensibilisation et la réglementation (dont l’interdiction des produits phytosanitaires de synthèse pour les particuliers depuis 2019).
  • Favoriser la faune locale : Plusieurs habitants installent nichoirs à oiseaux, hôtels à insectes ou créent des mares dans leur jardin. Selon la Ligue de protection des oiseaux (LPO Bretagne), une commune de moins de 5000 habitants peut héberger jusqu’à 40 espèces d’oiseaux, si les habitants préservent des milieux variés.
  • Compostage et gestion douce des déchets : Ici, les déchets verts se transforment volontiers en compost, utile à la fois au potager… et à la vie des vers de terre, petits alliés insoupçonnés.

Des initiatives citoyennes qui changent le quotidien

Au fil des années, l’engagement individuel s’est aussi transformé en un mouvement plus collectif. Plusieurs actions ponctuent la vie de la commune, et donnent l’exemple.

Les opérations de plantations d’arbres et de haies

Depuis 2020, la commune a organisé au moins deux grandes journées de plantations participatives, permettant la création ou la restauration de plus de 500 mètres linéaires de haies champêtres en deux saisons. Ces haies servent de refuge pour les oiseaux, petits mammifères, papillons… mais aussi de corridors écologiques entre différents espaces. Une haie bocagère typique peut abriter jusqu’à 80 espèces animales selon le réseau Bretagne Vivante.

La préservation des mares et zones humides

Quelques habitants, regroupés en association ou en simples voisins, œuvrent à la restauration de mares rurales. Ces « petites oasis » abritent des tritons, des libellules rares, des plantes aquatiques précieuses. Au niveau régional, près de 70% des zones humides ont disparu en un siècle (source : CRESEB, 2023), mais à Saint-Barthélemy, plusieurs mares perdues ont été récemment redécouvertes puis entretenues, avec l’appui de la commune ou de bénévoles.

Des réseaux de partage de graines et de plantes

Les trocs de graines – de vieux haricots locaux aux variétés de dahlias échangées entre voisins – font aussi vivre la biodiversité cultivée. Préserver les semences paysannes et reproductibles, c’est aussi sauvegarder un patrimoine génétique local, alors que, selon le réseau Semences Paysannes, 75% de la diversité agricole mondiale a disparu en un siècle.

Mieux comprendre la nature pour mieux la préserver

L’engagement passe aussi par la curiosité. À Saint-Barthélemy, les balades nature organisées par des associations, mais aussi l’utilisation de guides ou d’applications comme INPN Espèces (du Muséum national d’Histoire naturelle) permettent aux enfants comme aux adultes d’identifier oiseaux, plantes ou insectes. Cette connaissance, à portée de main, change souvent le regard.

Une initiative locale, lancée avec les écoles, propose depuis 2022 un « inventaire de la biodiversité du village » : chaque élève, muni d’un carnet, observe et note les insectes rencontrés dans le jardin familial ou sur le chemin de l’école. En 2023, plus de 90 espèces ont été listées sur l’ensemble du territoire communal, un véritable tableau vivant.

Les petits gestes du quotidien qui font la différence

  • Entretenir sans tondre à outrance : Laisser une partie de la pelouse fleurie, au moins au printemps. Une étude relayée par le Muséum national d’Histoire naturelle (Vigie-Nature) montre qu’un carré de pelouse « oubliée » peut multiplier par 5 la présence de papillons.
  • Installer des abris à hérissons ou chauves-souris : Un hérisson peut consommer jusqu’à 200 gr de limaces par nuit, aidant naturellement à l’entretien du potager !
  • Éteindre l’éclairage extérieur la nuit : La commune et plusieurs habitants ont réduit l’éclairage nocturne, limitant la mortalité des insectes nocturnes et aidant à la protection des espèces sensibles à la lumière, comme les chauves-souris (source : ANPCEN).

Des partenaires locaux pour aller plus loin

La force de l’engagement local, c’est aussi le lien avec des associations ou des réseaux. À Saint-Barthélemy et dans les alentours, plusieurs acteurs jouent un rôle moteur :

  • Bretagne Vivante : mène de nombreux inventaires naturalistes, propose des ateliers grand public, accompagne les scolaires dans la découverte de la nature ordinaire.
  • Ligue de protection des oiseaux (LPO) : anime le programme « Refuges LPO », même à l’échelle de petits jardins ou d’établissements scolaires.
  • Le Conservatoire botanique national de Brest : intervient parfois pour préserver certaines espèces végétales rares, ou sensibiliser à la préservation des habitats.
  • Des fermeurs bio locaux : en privilégiant les circuits courts, la polyculture, le respect des prairies naturelles, ils entretiennent un équilibre précieux.

Ce que chacun peut entreprendre, ici et maintenant

La sauvegarde de la biodiversité ne relève pas (seulement) du grand geste, du militantisme ou de l’action institutionnelle. À Saint-Barthélemy, elle se tisse par de multiples choix quotidiens, et chacun peut s’en saisir à son échelle.

  • Accepter un morceau de « désordre » dans son jardin : ronces, orties, vieux tas de bois… autant d’abris pour une diversité d’espèces.
  • Participer à des recensements ou « sciences participatives » organisés au village ou en ligne : compter les papillons ou les oiseaux au jardin, cela permet de mieux comprendre l’évolution locale.
  • Sensibiliser autour de soi, inviter voisins ou amis à la découverte d’un sentier, d’une mare, d’un coin fleuri pour fédérer de nouveaux ambassadeurs de la biodiversité.

Vers un territoire vivant… grâce à tous

En transformant peu à peu les jardins, les chemins, les habitudes, les habitants de Saint-Barthélemy donnent corps à un territoire vivant, où la nature n’est pas qu’un décor. Depuis dix ans, la région Bretagne connaît un rebond encourageant de certaines espèces, à l’image du Milan royal qui niche à nouveau régulièrement dans le Morbihan (source : Observatoire Bretagne Vivante 2023). Rien n’est jamais gagné, la vigilance reste de mise, et la biodiversité a plus que jamais besoin de l’attention de chacun.

Et si, au fond, c’était cette mosaïque de gestes simples, de rencontres, d’initiatives partagées, qui tissait la plus belle des alliances entre habitants et nature ? Saint-Barthélemy montre à sa façon qu’il n’est pas forcément besoin de faire grand bruit pour faire bouger les choses. Il suffit d’ouvrir l’œil, de prêter l’oreille, et d’agir… un peu chaque jour.

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