07/02/2026

Flore du Morbihan intérieur : Plantes et arbres qui façonnent le paysage

Un territoire de l’Argoat entre bois, landes et bocage

L’intérieur du Morbihan — celui qu’on surnomme l’Argoat, « pays des bois » en breton — ne ressemble pas aux rivages battus par les vents. Ici, on chemine dans les vallons, à l'ombre des talus, entre prairies humides et crêtes de landes. Ce paysage a longtemps fasciné géographes et botanistes : on y trouve une flore singulière, issue de siècles de cohabitation entre l’homme et la nature. La composition des sols, principalement granitiques et schisteux, mais aussi le climat doux et arrosé, expliquent la vitalité de la végétation.

Découvrons ensemble les plantes et arbres qui font le caractère du Morbihan intérieur, leurs particularités, leur histoire et la place qu’ils tiennent dans la vie locale.

Grands arbres de Bretagne intérieure

Le Morbihan intérieur est une mosaïque de haies, de bois, et d’alignements emblématiques. Voici ceux qu’on rencontre le plus souvent :

Le chêne pédonculé et rouvre (Quercus robur & Quercus petraea)

Le chêne règne sur les forêts morbihannaises, mais aussi dans les bocages, vieux talus et fonds de vallées. Il s’agit surtout du chêne pédonculé, mais également du chêne rouvre, qui affectionne les pentes plus sèches. Certains spécimens dans la région dépassent les 20 mètres de haut et atteignent un âge vénérable — la « Chênaie du Bois de Koad Kéo », par exemple, à Persquen, compte plusieurs arbres de plus de 300 ans (ONF).

  • Intérêt écologique : les chênes hébergent plus de 250 espèces d’insectes différents, un record pour un arbre européen.
  • Utilisation traditionnelle : bois de charpente, tonneaux pour le cidre. Les glands nourrissaient autrefois les cochons, lors de la « glandée ».

Le hêtre (Fagus sylvatica)

Plus rare et souvent cantonné aux zones humides ou ombragées, le hêtre déploie un feuillage dense, vert lumineux. On en trouve de beaux ensembles autour de Locminé et dans les vallées encaissées du Blavet. Son bois servait autrefois à la fabrication de sabots et d’ustensiles.

Bouleaux, aulnes et frênes : arbres des bordures d’eau

  • Bouleau (Betula pendula) : reconnaissable à son écorce blanche, il aime les sols pauvres et acides. Les brandes de Kerfeunteun, près de Baud, abritent une belle population de jeunes bouleaux.
  • Aulne glutineux (Alnus glutinosa) : typique des rives de l’Evel ou du Tarun, il fixe les berges et enrichit la terre grâce à ses racines qui abritent des bactéries azotantes.
  • Frêne élevé (Fraxinus excelsior) : autrefois taillé en têtard pour le bois de feu, il est aujourd’hui menacé par la chalarose, une maladie d’origine fongique (source : Conservatoire Botanique National de Brest).

Le châtaignier (Castanea sativa)

Présent sur tous les talus ou presque, le châtaignier a longtemps été considéré comme « l’arbre à pain ». Ses fruits abondants complétaient les récoltes de céréales, surtout les mauvaises années. On le repère à ses larges feuilles dentelées et à son écorce en lanières.

Les talus et le royaume de la haie bocagère

L’une des signatures du paysage morbihannais réside dans ses haies. Les talus sont des couloirs de biodiversité, refuges pour les oiseaux, les petits mammifères et, bien sûr, de nombreuses plantes spontanées.

  • Aubépine (Crataegus monogyna) : épineuse, fleurie au printemps, elle sert de nid à une myriade d’espèces.
  • Noisetier (Corylus avellana) : très présent, on le reconnaît à ses petits chatons pendants à la fin de l’hiver. Ses noisettes charmaient déjà les enfants d’autrefois.
  • Érable champêtre (Acer campestre) : ses feuilles lobées et sa silhouette ondulante forment l’ossature de nombreuses haies.
  • Fusain d’Europe (Euonymus europaeus) : rarement planté, mais souvent spontané, ses fruits roses “bonbons” sont toxiques, mais charmants.
  • Prunellier (Prunus spinosa) : port buissonnant, fleurs très précoces : il a donné son nom à de nombreux lieux-dits (“la lande aux prunelles”).

Landes et prairies : floraison du Morbihan central

Les landes, jadis immenses (plus de la moitié du Centre-Bretagne au XIXe siècle selon l'INRA), couvraient les zones pauvres ou acides, fréquentées surtout par les troupeaux et les coupeurs de genêts. Aujourd’hui fragmentées, elles subsistent dans des sites comme les landes de Lanvaux ou du Liscuis.

Les trois stars des landes bretonnes

  • Ajonc d’Europe (Ulex europaeus) : insubmersible, il fleurit d’un jaune franc pratiquement toute l’année, même en janvier lors d’hivers doux. « Piquet de lande », il domine les talus où le sol est pauvre.
    • Rôle historique : nourriture pour les moutons (haché en « foues »), litière, bois à brûler.
  • Bruyère cendrée (Erica cinerea) : tapis rose mauve,elle colonise les landes acides. Fleurs estivales irrésistibles pour les abeilles locales (production du fameux miel de bruyère).
  • Genêt à balais (Cytisus scoparius) : grandes hampes jaunes en mai. Les balais de sorcière ou de ferme étaient fabriqués avec ses tiges.  Conservatoire Botanique Brest

Prairies et pâtures

  • Renoncule rampante (Ranunculus repens) : omniprésente dans les prés humides, reconnaissable à ses fleurs jaune vif.
  • Marguerite commune (Leucanthemum vulgare) : elle embellit routes et pâtures au début de l’été.
  • Oenanthe safranée (Oenanthe crocata) : fausse carotte sauvage, très toxique, fréquente le bord des rivières (source ANCRES, Association pour la Nature et la Conservation).

Les plantes qui colorent les saisons

Au fil de l’année, chaque mois offre ses teintes et parfums. La flore du Morbihan intérieur rythme la vie rurale et inspire les traditions.

Début de printemps : violettes, primevères et ajoncs

  • Violette odorante (Viola odorata) : petites fleurs discrètes mais parfumées, cachées dans les pelouses ou au pied des arbres.
  • Primevère officinale (Primula veris) : aussi appelée “coucou”, sa présence signale les prairies qui n’ont pas été trop “amendées” chimiquement.

Été breton : digitales et fougères

  • Digitale pourpre (Digitalis purpurea) : grande tige rose-violacée, elle peuple les bois clairs et les bords de routes. Attention, sa beauté cache un poison violent, mais aussi, autrefois, un remède pour le cœur (source : Jardins du Conservatoire National des Plantes, Milly-la-Forêt).
  • Fougère aigle (Pteridium aquilinum) : omniprésente sur les terres acides, utilisée jadis pour la litière des bêtes et la protection des pommes de terre dans les caves.

Automne : champignons et baies de haies

  • Baies de sureau noir (Sambucus nigra) : attention, les baies crues sont légèrement toxiques ; on en fait cependant sirops et gelées traditionnels.
  • Pommes sauvages du pommier franc (Malus sylvestris) : de petites pommes acides, excellentes en compote ou en cidre fermier.

Petite flore discrète et protégée

Certaines espèces méritent une mention spéciale, car elles témoignent de la richesse patrimoniale du Morbihan intérieur.

  • Lysimaque ciliée (Lysimachia ciliata) : visible dans les prairies humides, elle est rare et protégée dans plusieurs secteurs du département.
  • Osmunda royale (Osmunda regalis) : grande fougère relicte des temps préhistoriques, localisée autour de Pontivy et sur les rives sinueuses du Blavet.
  • Sphaigne des tourbières : mousse typique des zones tourbeuses, qui montre la richesse écologique des milieux humides ou acides de l’intérieur morbihannais (source : Observatoire de l’Environnement en Bretagne).

Des plantes à usages oubliés… ou retrouvés

La biodiversité bretonne, ce n’est pas que de la contemplation ! De nombreuses plantes ont servi à la vie quotidienne :

  • Ajonc et fougère : fourrage, litière, engrais vert.
  • Châtaignier : fruit, bois de piquet, fabrication de paniers.
  • Prunellier et aubépine : piquets de clôture, fruits en gelée ou liqueur (prunelle, pousse-café rural).
  • Menthe sauvage, ortie, ronce : tisanes et remèdes ancestraux, teinture de laine (en particulier la ronce).

L’observation et la préservation de la flore locale

Longtemps banalisés, les paysages et les plantes ordinaires du Morbihan intérieur sont aujourd’hui (re)découverts comme de véritables trésors naturels. Le Conservatoire Botanique National de Brest évalue, par exemple, que plus d’un tiers des espèces de Bretagne intérieure sont « à surveiller » ou menacées par l’intensification agricole ou l’enfrichement (Cons. Bot. Brest). Les balades sur les chemins creux, la visite d’une lande gérée par une association naturaliste, sont autant d’occasions d’admirer, de photographier, ou de (re)découvrir cette richesse, tout en respectant les plantes et leur milieu.

S’équiper d’un guide local ou participer à une sortie botanique avec une association comme Bretagne Vivante permet de mieux reconnaître, comprendre et préserver ce patrimoine vivant.

Pour aller plus loin dans la découverte

Un patrimoine vivant à explorer sur les chemins

Explorer les plantes et arbres typiques du Morbihan intérieur, c’est s’immerger dans l’histoire, la culture et l’écologie de toute une région. Entre landes d’ajoncs, futaies de chênes ou haies fleuries, chaque promenade devient un jeu de piste végétal, où l’on croise un peu du passé, du présent — et, espérons-le, de l’avenir du territoire.

N’hésitez pas à prendre le temps d’observer le détail d’une feuille de châtaignier, le parfum d’une fleur d’aubépine ou la silhouette majestueuse d’un vieux chêne. Le Morbihan intérieur vous le rendra au centuple.

Pour aller plus loin